ACTE Y, SCÈNE
Donnez-le. Voulez-vous que d'impurs assassins
Viennent briser l'autel, brûler les Chérubins *,
Et portant sur notre arche une main téméraire, 1595
De votre propre sang souiller le sanctuaire ?
Mais siéroit-il, Abner, à des cœurs-généreux
De livrer au supplice un enfant malheureux,
Un enfant que Dieu même à ma garde confie,
Et de nous racheter aux dépens de sa vie? 1000
AJBNER.
Hélas 1 Dieu voit mon cœur. Plût à ce Dieu puissant
Qu'Athalie oubliât un enfant innocent,
Et que du sang d' Abner sa cruauté contente
Crût calmer par ma mort le Ciel qui la tourmente t
Hais que peuvent pour lui vos inutiles soins? 1605
Quand vous périrez tous, en périra-t-il moins ?
Dieu vous ordonne-t-il de tenter l'impossible ?
Pour obéir aux lois d'un tyran inflexible,
Moïse, par sa mère au Mil abandonné,
Se vit presque en naissant à périr condamné , 1610
Mais Dieu, le conservant contre toute espérance,
Fit par le tyran même élever son enfance.
Qui sait ce qu'il réserve à votre Éliacin,
Et si, lui préparant un semblable destin,
Il n'a point de pitié déjà rendu capable 1615
De nos malheureux rois l'homicide implacable ?
Du moins, et Josabet, comme moi, l'a pu voir,
Tantôt à son aspect je l'ai vu * s'émouvoir ;
J'ai vu de son courroux tomber la violence.
Princesse, en ce péril vous gardez le silence ? 1620
Hé quoi ? pour un enfant qui vous est étranger
Souffrez-vous que sans fruit Joad laisse égorger
Vous, son fils, tout ce peuple, et que le feu dévore
Le seul lieu sur la terre où Dieu veut qu'on l'cdore ?
Que feriez-vous de plus, si des rois vos aïeux 1625
Ce jeune enfant étoit un reste précieux ?
JOSABKT, tOllt DOS à Joad.
Pour le sang de ses rois vous voyez sa tendresse : Que ne lui parlez -vous?
JOAD
Il n'est pas temps, Princesse.
1. Les deux Chérubins de bois d'olivier, hauts de dix coudées, qui couvraient l'arche de leurs ailes. Voyez le Livre 111 des Roi* ?i, 23.
2. Pour vu, sans accord, yoyoz la note du vers 1106 VEsther ci -dessus, p. 448
550 ATHALIE
ABNER
Le temps est cner, Seigneur, plus que tous ne pensez.
Tandis qu'à me répondre ici vous balancez, 1630
Math an près d'Athalie, étincelant de rage,
Demande le signal et presse le carnage.
Faut-il que je me jette a vos sacrés genoux T
Au nom du lieu si saint qui n'est ouvert qu'à tous f,
Lieu terrible où de Dieu la majesté repose, 1635
Quelque dure que soit la loi qu'on vous. impose,
De ce coup imprévu songeons à nous parer.
Donnez-moi sfii^emei^t le temps de respirer.
Demain, dès cette nuit, je prendrai des mesures
Pour assurer le Temple et venger ses injures. 1640
Nais je vois que mes pleurs çt que mes vains discours
Pour tous persuader sont un foible secours :
Votre austère vertu n'en peut être frappée.
Hé bien ! trouvex-moi donc quelque arme, quelque épée ;
Et qu'aux portes du Temple, oyf ennemi m attend, 16i?
Abner puisse du moins mourir en combattant.
Je me rends. Yous m'ouvrez un avis que j'embrasse. De tant de maux, Abner, détournons ë menace. Il est vrai, de David un trésor es,t resté *.
1. C'est-à-dire du Saint des saints, où le grand prêtre seul pouvait entrer une fois l'an, le jour de la fête de la Propitiaiion. Voyez la Préface de Racine, p. 464.
t. Parmi les manuscrits de Racine, .conservés A Ja Bibliothèque nationale, on trouve des noies de sa main, écrites à l'occasion d'Athalie. Voici celle qui se rapporte au trésor de David : « J'uur justifier l'équivoque du grand m.être, si on l'attaque : 1* « Solvite « templum hoc, et in tribus dienus excitabo illud*. » (S. Joak., cap. h, vers. 19.) 2* Martyre de saint Laurent, à qui le juge demanda 1rs trésors de l'Église: « A quo quum qusererentur khesauri Bcrlcsia», « promisit se deinonstraturum. Secruenti die pauper.es duxii. Inler- « rogatus ubi essent thesauri quos promiscrat, ostendil pauperes, « dicens : « Hi sunl thesauri Ecclesia3.»...Laurentius,... pro sinjïulari «suœinterpretationis vivaciiate sacrammartyriiaccepil coronam. » (S. Ambros., de 0[fic.,Y\b. II, cap. xxvm.) Dans Prudence saint Laurent demande du temps pour calculer toute la somme. >aint Augustin même, si ennemi du mensonge, loue ce mot 4e saint Laurent : « lise sunt divilia? Ecclesiae. » {Serin, cccui.) Dieu a trompa exprés Pharaon. Dieu dit a Moïse: » Dites A Pharaon : « Dimitte po
"La première citation de Racine est la parole Hguree de Jésns-Christ au sujet
«te sa mort et de sa résurrection ; les Jinfe prirent cette parole au sens propre.
et I accuseront devant Pilate d'avoir dit qu'il pouvoit détruire le temple de
u»eu.A.ej>aj.sajje de Prudence dont il appuie son second exemple est celui-ci s
Nain calculanda pi imitus.
Tune subnotanda est summula.
Iffymn. in hon. D. taurenta, v. ni et is:.)