Var. Je ne te puis blâmer d'avoir fui l'infamie
(1637-44 in-4- et 4&-56)
4. Var. Ft pour mieux tourmenter mon esprit éperdu, Avec tant de rigueur mon astre me domine, ' j
Qu'il me faut travailler moi-même à ta ruine. (1637-56) !
v ACTE III, SCÈNE IV. 51
Et cet affreux devoir, dont Tordre m'assassine, 925
lie force à travailler moi-même à ta ruine ; Car enfin n'attends pas de mon affection (De lâches sentiments pour ta punition.
De quoi qu'en ta faveur notre amour m'entretienne, Ma générosité doit répondre à la tienne : 950
Tu t'es, en m'offensant, montré digne de moi ; . Je me dois, par ta mort, montrer digne de toi.
DOW RODRIGUE
Ne diffère donc plus ce que l'honneur t'ordonne :
Il demande ma tête, et je te l'abandonne ;
Fais-en un sacrifice à ce noble intérêt : 935
Le coup m'en sera doux, aussi bien que l'arrêt.
Attendre après mon crime une lente justice,
C'est reculer ta gloire autant que mon supplice.
Je mourrai trop heureux, mourant d'un coup si beau
CBIMBNE.
Va, je suis ta partie, et non pas ton bourreau. 940
Si tu m'offres ta tête, est-ce à moi de la prendre ? Je la dois attaquer, mais tu dois la défendre * ; C'est d'un autre que toi qu'il me faut l'obtenir» Et je dois te poursuivre, et non pas te punir.
DOH RODRIGUE.
De quoi qu'en ma faveur notre amour t'entretienne, 945
Ta générosité doit répondre à la mienne ;
Et pour venger un père, emprunter d'autres bras,
Ma Chimène, crois-moi, c'est n'y répondre pas :
Ma main seule du mien a su venger l'offense.
Ta main seule du tien doit prendre la vengeance. 950
CHIMEHE.
Cruel ! à quel propos sur ce point t'obstiner ?
Tu t'es vengé sans aide, et tu m'en veux donner I
Je suivrai ton exemple, et j'ai trop de courage
Pour souffrir qu'avec toi ma gloire se partage.
Mon père et mon honneur ne veulent rien devoir 955
Aux traits de ton amour ni de ton désespoir.
DON RODRIGUE
Rigoureux point d'honneur ! hélas I quoi que je fasse,
Ne pourrai -je à la fin obtenir cette grâce?
Au nom d'un père mort, ou de notre amitié,
Punis-moi par vengeance, ou du moins par pitié. 960
Ton mal heureux amant aura bien moins de peine
A mourir par ta main qu'à vivre avec ta haine
1. Var. Je la dois attaquer, mais tu la dois défendre. (1648-56)
CJUMÂNE,
Va, je ne te bais point.
DON RODRIGUE
Tu le dois.
CHMÈNE.
Je ne puis.
DON RODRIGUE
Crains-tu si peu le blâme, et si peu les faux bruits ?
Quand on saura mon crime, et que ta flamme dure, 965
Que ne publieront point l'envie et l'imposture 1
Force-les au silence, et sans plus discourir,
Sauve ta renommée en me faisant mourir.
CHIMÈRE
Elle éclate bien mieux en te laissant la vie * ;
Et je veux que la voix de la plus noire envie 970
Élève au ciel ma gloire et plaigne mes ennuis,
Sachant que je t'adore et que je te poursuis.
Va-t'en, se montre plus à ma douleur extrême
Ce qu'il faut que je perde, encore que je l'aime.
Dans l'ombre de la nuit cache bien ton départ . 975
Si l'on te voit sortir, mon honneur court hasard.
La seule occasion au'aura la médisance,
C'est de savoir qu'ici j'ai souffert ta présence :
Me lui donne point lieu d'attaquer ma vertu.
DON RODRIGUE
Que je meure I
Va-t'en.
CHIMENE
DON RODRIGUB.
A quoi te résous-tu ? 980
CHIMÈNE
Malgré des feux si beaux, qui troublent ma colère *, Je ferai mon possible à bien venger mon père ; Mais, malgré la rigueur d'un si cruel devoir. Mon unique souhait est dé ne rien pouvoir.
DON RODRIGUE
0 miracle d'amour I
CHIMÈNE
0 comble de misères * ! 985
DON RODRIGUE
Que de maux et de pleurs nous coûteront nos pères 1
1. Var. Elle éclate bien mieux en te laissant en vie. (1637-5?) t. Var. Malgré des feux si beaux qui rompent ma colère.
(1637-56) 3. Var, Mais comble de misères 1 (1637-44.)