‹ Théâtre classique, contenant le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte, de P. Corneille; Britannicus, Esther, Athalie, de J. Racine; Mérope, de Voltaire; le Misanthrope, de MolièreChapitre 516 sur 619 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

Jeux cruels du hasard, en qui me montrez-vous Uns si fausse image, et des rapports si doux ? Affreux ressouvenir, quel vain songe m'abuse !

EURTCLÈS.

Rejetez donc, Madame, un soupçon qui l'accuse :

Il n'a rien d'un barbare, et rien d'un imposteur. 435

MRROPE

Les Dieux ont sur son front imprimé la candeur. Demeurez. En quel lieu le Ciel vous ût-il naître ?

ÉGISTI1E.

En Élide.

MÉROPE

Qu'en tends-je? en Élide ! Ah I peut-être.... L' Élide. . . , répondez. . ., Narbas vous est connu ? Le nom d'Égisthe au moins jusqu'à vous est venu ? 440 Quel était votre état, votre rang, votre père ?

ÉCISTHB.

Mon père est un vieillard accablé de misère , Polyclète est son nom ; mais Egisthe, Narbas, Ceux dont vous me parlez, je ne les connais pas.

MÉROPE

0 Dieux 1 vous vous jouez d'une triste mortelle 1 445

J'avais de quelque espoir une faible étincelle ;

J'entrevoyais le jour, et mes yeux affligés

Dans la profonde nuit sont déjà replongés.

Et quel rang vos parents tiennent-ils dans la Grèce ?

ÉGISTflB.

Si la vertu suffit pour faire la noblesse, 459

Ceux dont je tiens le jour, Polyclète, Sirris,

Ne sont pas des mortels dignes de vos mépris ;

Leur sorties avilit; mais leur sa^e constance

Fait respecter en eux l'honorable indigence.

Sous ses rustiques toits mon père vertueux 455

Fait le bien, suit les lois, et ne craint que les Dieux.

MÉROPE

Chaque mot qu'il me dit est plein de nouveaux charmes. Pourquoi donc le quitter ? pourquoi causer ses larmes? Sans doute il est affreux d'èire privé d'un fils

Un vain désir de gloire a séduit mes esprits. 460

Lagrime ti vegg' io sgorgar da gli occhif

MEROPE.

0 Ismene, nel aprir la bocca a i detti,

Fece costui col labio un cotai atto,

Che'l mio consorte ritornommi a mente,

E mel Titrasse si, corn* io '1 vedesti. *

5C4 MEItOPE.

On me parlait souvent des troubles de Messène,

Des malheurs dont le Ciel avait frappé la Reine,

Surtout de ses vertus, dignes d'un autre prix :

Je me sentais ému par ces tristes récits.

De l'Élide en secret dédaignant la mollesse, 463

J'ai voulu dans la guerre exercer ma jeunesse,

Servir sous vos drapeaux, et vous offrir mon bras.

Voilà le seul dessein qui conduisit mes pas.

Ce faux instinct de gloire égara mon courage.

A mes parents, flétris sous les rides de l'âge, 470

J'ai de mes jeunes ans dérobé les secours.

C'est ma première faute ; elle a troublé mes jours :

Le Ciel m'en a puni, le Ciel inexorable

M'a conduit dans le piège, et m'a rendu coupable.

MÉROPE

Il ne l'est point ; j'en crois son ingénuité * 475

Le mensonge n'a point cette simplicité.

Tendons à sa jeunesse une main bienfaisante ;

C'est un infortuné que le Ciel me présente :

Il suffit qu'il soit homme, et qu'il soit malheureux .

Mon fils peut éprouver un sort plus rigoureux *. 480

Il me rappelle Êgisthe ; Égisthe est de son âge :

Peut-être, comme lui, de rivage en rivage,

Inconnu, fugitif, et partout rebuté,

Il souffre le mépris qui suit la pauvreté *.

L'opprobre avilit l'âme, et flétrit le courage. 485

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