SCÈNE II MÉROPE, EURYCLÈS, ÉGISTHE, enchaîné, ISMÉK1E, gaudej
égisthe, dans le fond du théâtre, à Isménie. Est-ce là cette reine auguste et malheureuse, Celle de qui la gloire, et l'infortune affreuse Retentit jusqu'à moi dans le fond des déserts?
ISMÉNIE
Rassurez-vous, c'est elle.
(Elle sort.)
0 Dieu de l'univers I Dieu qui formas ses traits, veille sur ton image 1 385
La vertu sur le trône est ton plus digne ouvrage
C'est là ce meurtrier t Se peut-il qu'un mortel Sous des dehors si doux ait un cœur si cruel ? Approche, malheureux, et dissipe tes craintes. Réponds-moi: de quel sangles mains sont-elles teintes? 300
ÉGI8THB.
0 Reine, pardonnez : le trouble, le respect, Glacent ma triste voix tremblante à votre aspect.
A Euryclès:
Mon âme, en sa présence, étonnée, attendrie. •
MÉROPE
Parle. De qui ton bras a-t-il tranché la vie ?
D'un jeune audacieux, que les arrêts du sort 305
6tt MEROPE.
Et ses propres fureurs ont conduit à la mort.
MÉROPE
D'un jeune homme ! Mon sang s'est glacé dans mes veines Ahl... T'était-il connu ?
Non : les champs de Messènes, Ses murs, leurs citoyens, tout est nouveau pour moi.
MÉROPE
Quoi ? ce jeune inconnu s'est armé contre toi ? 400
Tu n'aurais employé qu'une juste défense ?
* ÉGISTBB.
J'en atteste le Ciel; il sait mon innocence.
Aux bords de la Pamise, en un temple sacré,
Où l'un de vos aïeux, Hercule, est adoré,
J'osais prier pour vous ce dieu vengeur des crimes. 405
Je ne pouvais offrir ni présents ni victimes ;
Né dans la pauvreté, j'o tirais de simples vœux,
Un cœur pur et soumis, présent des malheureux.
Il semblait que le Dieu, touché de mon hommage.
Au-dessus de moi-même élevât mon courage. 410
Deux inconnus armés m'ont abordé soudain,
L'un dans la fleur des ans, l'autre vers son déclin.
c Quel est donc, m'ont-ils dit, le dessein qui te guide?
Et quels vœux formes-tu pour la race d'Alcide ? *
L'un et l'autre, à ces mots, ont levé le poignard. 415
Le Ciel m'a secouru dans ce triste hasard :
Cette main du plus jeune a puni la furie ;
Percé de coups, Madame, il est tombé sans vie.
L'autre a fui lâchement, tel qu'un vil assassin.
Et moi, je l'avouerai, de mon sort incertain, 420
Ignorant de quel sang j'avais rougi la terre,
Craignant d'être puni d'un meurtre involontaire,
J'ai traîné dans les flots ce corps ensanglanté.
Je fuyais ; vos soldats m'ont bientôt arrêté :
Ils ont nommé Mérope, et j'ai rendu les armes. 425
EUBTCLBS.
Eh 1 Madame, d'où vient que vous verses des larmes T
MÉROPE
troublé.
honte 1
Te le dirai-je ? hélas t tandis qu'il m'a parlé,
8a voix m'attendrissait, tout mon cœur s'est
Cresphonte, ô Ciel 1. . . j'ai cru. . ./que j'en rougis de
Oui, j'ai cru démêler quelques traits de Cresphonie â. 430