‹ Théâtre classique, contenant le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte, de P. Corneille; Britannicus, Esther, Athalie, de J. Racine; Mérope, de Voltaire; le Misanthrope, de MolièreChapitre 537 sur 619 · GARDES MÉROPE. J · texte numérisé non relu

GARDES MÉROPE. J

Remplissez vos serments; songez à me venger ; .

Qu'à mes mains, à moi seule, on laisse la victime.

POLYPHONTE

La voici devant vous. Votre intérêt m'anime. 930

Vengez-vous, baignez- vous au sang du criminel ; Et sur son corps sanglant je vous mène à l'autel.

MÉROPE

Ah Dieux 1

ÉotsTHC, à Polyphonie.

Tu vends mon sang à 1 hymen de la Reine. . i

Ha vie est peu de chose, et je mourrai sans peine ; *

Mais je suis malheureux, innocent, étranger; 935 I

Si le Ciel t'a fait roi, c'est pour me protéger. J'ai tué justement un injuste adversaire. Mérope veut ma mort ; je l'excuse, elle est mère; Je bénirai ses coups prêts à tomber sur moi ; Et je n'accuse ici qu'un tyran tel que toi. 940

POLYPHONTE

Malheureux I oses-tu, dans ta rage insolente...

MÉROK.

Eh ! Seigneur, excusez sa jeunesse imprudente : Élevé loin des cours, et nourri dans les bois, Il ne sait pas encor ce qu'on doit à des rois.

POLYPHONTE

Qu'entends-je? quel discours 1 quelle surprise extrême 1 945 Vous, le justifier !

MÉROPK.

Oui? moi, Seigneur?

POLYPHONTE. '

Vous-même.

De cet égarement sortirez-vous enfin?

De votre fils, Madame, est-ce ici l'assassin?

MÉROPE

Mon fils, de tant de rois le déplorable reste, .

Mon fils, enveloppé dans un piège funeste, 050

Sous les coups d un barbare...

ISMÉNIE

0 Ciel ! que faites-vous?

ACTB IV, SCÈNE fl. 585

POLYPH0NTE.

Quoi? vos regards sur lui se tournent sans courroux? Vous tremblez à sa vue, et vos yeux s'attendrissent? Vous voulez me cacher les pleurs qui les remplissent?

MÉROPfc.

Je ne les cache point, ils paraissent assez ; 955

La cause en est trop juste, et vous la connaissez.

POLYPHONIE

Pour en tarir la source il est temps qu'il expire. Qu'on l'immole, soldats !

meropb , *' avançant.

Cruel I qu'osez-vous dire?

ÉGISTHB.

Quoi? de pitié pour moi tous vos sens sont saisis?

poLYPHoirre.

Qu'il meure 1

MÉROPE

11 est...

POLYPHOTTE.

Frappez.

mérope, se jetant entre Égvttheet les soldats.

Barbare! il est mon fils M 060

Moi! votre fils?

mérope, en V embrassant.

Tu l'es : et ce Ciel que j'atteste, Ce Ciel qui t'a formé dans un sein si funeste,

1. La situation est la même que dans VAmasis de la Grange- Chancel (acte V, se. v) :

AUAS1S.

. • • Que les bourreaux préparent son supplice.

MTOCR1S.

Arrête, que fais-tu? peuple lâche et sans foi ! Cest le sang d'Apriès, c'est mon fils, c'est ton roi.

Dans le Gustave Wasa de Piron (acte IV, se. vi), Christierne, soupçonnant déjà qu'un inconnu, qui s'est vanté d'avoir tué Gustave, était Gustave lui-même, le fait paraître devant Léonor, mère de ce héros, et donne devant elle l'ordre de sa mort. Léonor saisit le bras du soldat et crie : Arrête t

Ah ! c'est ton fils,

dit Christierne. Léonor demande la grâce de ce fils, et le tyran nt> Faccorde que sous la condition qu'elle consentira sur-le-champ à l'hymen qu'il lui propose, t C'est la même marche dans Mérope, dit Laharpe ; mais il est plus aisé d'employer des situations qui réveillent en nous les sentiments de la nature, que de lui donner tonte la vérité, tonte l'éloquence de son langage. •

586 HÊROPE.

Et qui trop tard, hélas I a dessillé mes yeux,

Te remet dans mes bras pour nous perdre tous deux.

BftISTHE.

Quel miracle, grands Dieux, que je ne puis comprendre I 965

POLTPHONTE.

Une telle imposture a de quoi me surprendre.

Vous, sa mère? qui? vous» qui demandiez sa mort ? {

B6ISTHS.

Ah 1 si je meurs son fils, je rends grâce à mon sort.

MÉROPE

Je suis sa mère. Hélas ! mon amour m'a trahie.

Oui, tu tiens dans tes mains le secret de ma vie; 970

Tu tiens le 61s des Dieux enchaîné devant toi,

L'héritier de Gresphonte, et ton maître, et ton roi.

Tu peux, si tu le veux, m'accuser d'imposture.

Ce n'est pas aux tyrans à sentir la nature;

Ton cœur, nourri de sang, n'en peut être frappé. 975 {

Oui, c'est mon iils, te dis-je, au carnage échappé. *•*

POLTPHONTE.

Que prétendez-vous dire? et sur quelles alarmes?...

BftlSTHB.

Va I je me crois son fils ; mes preuves sont ses larmes,

Mes sentiments, mon cœur par la gloire animé, I

Mon bras qui t'eût puni s'il n'était désarmé. 980

POLTPHONTE.

Ta rage auparavant sera seule punie.

C'est trop.

mérope, se jetant à ses genoux.

Commencez donc par m'arracher la vie, Ayez pitié des pleurs dont mes yeux sont noyés. Que vous faut-il de plus? Mérope est à vos pieds; Mérope les embrasse et craint votre colère. 985

A cet effort affreux jugez si je suis mère. Jugez de mes tourments; ma détestable erreur, Ce matin, de mon fils allait percer le cœur. Je pleure à vos genoux mon crime involontaire *

Cruel t vous qui vouliez lui tenir lieu de père, 990

Qui deviez protéger ses jours infortunés, Le voila devant vous, et vous l'assassinez! Son père est mort, hélas t par un crime funeste; Sauvez le fils : je puis oublier tout le reste; à

Sauvez le sang des Dieux et de vos souverains : 995

Il est seul, sans défense, il est entre vos mains. Qu il vive, et c'est nssez. Heureuse en mes misères, Lui seul il me rendra mon époux et ses frères.

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