ACTE V, SCÈNE II. 5Ô
Puisque tu crains les Dieux, atteste leur puissance, 1105
Prends-les tous à témoin de ton obéissance. La porte des grandeurs est ouverte pour toi. Un refus te perdra ; choisis, et réponds-moi.
ÉGBT1IE.
Tu me vois désarmé, comment puis-je répondre?
Tes discours, je l'avoue, ont de quoi me confondre ; 11 70
Mais rends-moi seulement ce glaive que tu crains,
Ce fer que ta prudence écarte de mes mains :
Je répondrai pour lors, et tu pourras connaître
Qui de nous deux, perfide, est l'esclave ou le maître;
Si c'est à Polyphonte à régler nos destins, 1175
Et si le fils des rois punit les assassins.
POLYPHONTE
Faible et fier ennemi, ma bonté t'encourage :
Tu me crois assez grand pour oublier l'outrage,
Pour ne m'avilir pas jusqu'à punir en toi
Un esclave inconnu qui s'attaque à son roi. 1180
Eh bien I cette bonté, qui s'indigne et se lasse,
Te donne un seul moment pour obtenir ta grâce.
Je t'attends aux autels, et tu peux y venir :
Viens recevoir la mort, ou jurer d'obéir.
Gardes, auprès de moi vous pourrez l'introduire; 1185
Qu'aucun autre ne sorte, et n'ose le conduire.
Vous, Karbas», Euryclés, je le laisse en vos mains
Tremblez, vous répondrez de ses caprices vains.
Je connais votre haine, et j'en sais l'impuissance ,
Mais je me fie au moins à votre expérience. 1190
Qu'il soit né de Mérope, ou qu'il soit votre fils,
D'un conseil imprudent sa mort sera le prix.