‹ Théâtre classique, contenant le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte, de P. Corneille; Britannicus, Esther, Athalie, de J. Racine; Mérope, de Voltaire; le Misanthrope, de MolièreChapitre 542 sur 619 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

POLYPH0NTE, ÉG1STHE, NARRAS, EURYCLÈS, «ardu

POLYPHONTE

(Narbag et Euryclè* t' éloignent un peu.)

Retirez-vous; et toi, dont l'aveugle jeunesse 1145

Inspire une pitié qu'on doit à la faiblesse,

Ton roi veut bien encor, pour la dernière fois,

Permettre à tes destins de changer à ton choix.

Le présent, l'avenir, et jusqu'à ta naissance,

Tout ton être, en un mot, est dans ma dépendance. 1150

Je puis au plus haut rang d'un seul mot t'élever,

Te laisser dans les fers, te perdre ou te sauver.

Élevé loin des cours et sans expérience,

Laisse-moi gouverner ta farouche imprudence.

Crois-moi, n'affecte point, dans ton sort abattu, 1155

Cet orgueil dangereux que tu prends pour vertu.

Si dans un rang obscur le destin t'a fait naître,

Conforme à ton état, sois humble avec ton maître.

Si le hasard heureux t*a (ait naître d'un roi,

Rends-toi digne de l'être en servant près de moi '. 1100

Une reine en ces lieux te donne un grand exemple ;

Elle a suivi mes lois, et marche vers le temple.

Suis ses pas et les miens, viens aux pieds de l'autel

Me jurer à genoux un hommage éternel.

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