‹ Théâtre classique, contenant le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte, de P. Corneille; Britannicus, Esther, Athalie, de J. Racine; Mérope, de Voltaire; le Misanthrope, de MolièreChapitre 549 sur 619 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

NARBAS, ISMÉN1E, rsuru

HARBAS.

Quel spectacle t Est-ce vous, Isménief Sanglante, inanimée, est-ce vous que je vois ?

ismkhii.

Ah 1 laissez-moi reprendre et la vie et la voix.

NARRAS.

Mon fils est-il vivant ? Que devient notre Reine ? 1285

ISMÉJIIX.

De mon saisissement je reviens avec peine;

Par les flots de ce peuple entraînée en ces lieux

NARRAS.

Que fait Égisthe?

I8MINB.

Il est.... le digne fils des Dieux, Égisthe I II a frappé le coup le plus terrible. Non, d'Alcide jamais la valeur invincible 1290

N'a d'un exploit si rare étonné les humains.

NARRAS.

0 mon fils! 6 mon roi, qu'ont élevé mes mains I

5tW MÉROPE.

ÏSMÈHTK

1a victime était prête, et de fleurs couronnée1 ;

L'autel étincelail des flambeaux d'hyménée;

Polyphonte, l'œil fixe, et d'un front inhumain, 129.*>

Présentait a Mérope une odieuse main ;

Le prêtre prononçait les paroles sacrées ;

Et la Reine, au milieu des femmes éplorées,

S'avançant tristement, tremblante entre mes bras,

Au lieu de l'hyménée invoquait le trépas; 1500

Le peuple observait tout dans un profond silence,

Dans l'enceinte sacrée en ce moment s'avance

Un jeune homme, un héros, semblable aux Immortels :

Il court ; c'était Egisthe ; il s'élance aux autels ;

Il monte, il y saisit d'une main assurée 1305

Pour les fêtes des Dieux la hache préparée.

Les éclairs sont moins prompts ; je l'ai vu de mes yeux,

Je l'ai vu qui frappait ce monstre audacieux.

c Meurs, tyran, disait-il; Dieux, prenez vos victimes. »

Érox, qui de son maître a servi tous les crimes, 1310

Érox, qui dans son sang voit ce monstre nager,

Lève une main hardie, et pense le vençer.

Egisthe se retourne, enflammé de furie ;

A côté de son maître il le jette sans vie.

Le tyran se relève : il blesse le héros ; 1515

De leur sang confondu j'ai vu couler les flots.

Déjà la garde accourt avec des cris de rage

Sa mère.... Ah! que l'amour inspire de courage!

Quel transport animait ses efforts et ses pas I

Sa mère Elle s'élance au milieu des soldats. 1320

« C'est mon fils! arrêtes, cessez, troupe inhumaine f

C'est mon fils 1 déchires sa mère et votre Reine,

Ce sein gui l'a nourri, ces flancs qui l'ont porté! î

A ces cris douloureux le peuple est agité ;

Une foule d'amis, que son danger excite*, 1325

Entre elle et ces soldats vole et se précipite.

Vous eussiez vu soudain les autels renversés,

Dans des ruisseaux de sang leurs débris dispersés ;

Les enfants écrasés dans les bras de leurs mères ;

Les frères méconnus immolés par leurs frères ; 1330

Soldats, prêtres, amis, l'un sur l'autre expirants :

On marche, on est porté sur les corps des mourants,

On veut fuir, on revient; et la foule pressée

1. Ce récit d'Ism*nie, qui passe à juste 'titre pour un des plus beaux du théâtre, est une imitation de Maffei(acte V, gc. n). ». Var. Un gros de nos amis, que son danger excite. (1744.)

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