‹ Théâtre classique, contenant le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte, de P. Corneille; Britannicus, Esther, Athalie, de J. Racine; Mérope, de Voltaire; le Misanthrope, de MolièreChapitre 556 sur 619 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

PH1UNTB, ALCESTE

PHILINTE

Qu'est-ce donc? qu'avez-vous?

alceste, assis.

Laissez-moi, je vous prie.

PHIUNTK.

Mais encor, dites-moi, quelle bizarrerie

ALCESTE

Laissez-moi là, vous dis-je, et courez vous cacher.

PHELDfTE.

Mais on entend les gens au moins sans se fâcher.

ALCBSTE.

Moi, je veux me fâcher, et ne veux point entendre 5

PHILIOTE.

Dans vos brusques chagrins je ne puis vous comprendre ',

Et, quoique amis enfin, je suis tout des premiers

alceste, se levant brusquement.

Moi, votre ami? Rayez cela de vos papiers. J'ai fait jusques ici profession de l'être; Mais, après ce qu'en vous je viens de voir paroître, 40

Je vous déclare net que je ne le suis plus, Et ne veux nulle place en des cœurs corrompus.

1. Regnard a emprunté quelques vers du Misanthrope. On lit dans le Distrait (acte 1, scène i) :

Pans vos brusques humeurs je ne puis vous comprendre.

PIIILINTE.

Je suis donc bien coupable, Alceste, à votre corn pie.

ALCESTE

Allez, vous devriez mourir de pure honte :

Une telle action ne sauroit s'excuser, 15

Et tout homme d'honneur s'en doit scandaliser.

Je tous vois accabler un homme de caresses,

Et témoigner pour lui les dernières tendresses ;

De protestations, d'offres, et de serments

Vous chargez la fureur de vos embrassements; 2©

Et, quand je vous demande après quel est cet homme,

A peine pouvez-vous dire comme il se nomme * ;

Votre chaleur pour lui tombe en vous séparant,

Et vous me le traitez, à moi, d'indifférent.

Morbleu I c'est une chose indigne, lâche, infâme, 25

De s'abaisser ainsi, jusqu'à trahir son âme ;

El si, par un malheur, j en avois fait autant,

le m'irois, de regret, pendre tout à l'instant.

PHILIKTE.

Je ne vois pas, pour moi, que le cas soit pendable;

Et je vous supplierai d'avoir pour agréable 30

(J ne je me fasse un peu grâce sur votre arrêt,

Et ne me pende pas pour cela, s'il vous plaît.

ALCESTE

Que la plaisanterie est de mauvaise grâce I

PHIL1XTE.

Nais sérieusement que voulez-vous qu'on fasse?

ALCESTE

Je veux qu'on soit sincère, et qu'en homme d'honneur 35 On ne lâche aucun mot qui ne parte du cœur.

PHILINTE

Lorsqu'un homme vous vient embrasser avec joie,

11 faut bien le payer de la même mon noie*,

Répondre comme on- peut à ses empressements,

Et rendre offre pour offre, et serments pour serments. 40

ALCESTE

Non, je ne puis souffrir cette lâche méthode

1. « Il embrasse un homme çu'il trouve sous sa main; il lui presse la tête contre sa poitrine; il demande ensuite qui est celui qu'il a embrassé. » (La Bruyère, de» Grande.)

A peine pouvons-nous dire comme il se nomme.

(Rbgnahd, le» Ménechme», acte IV, scène n.) m2l ?Sw*an8 tes Ob»ervations »ur la langue françoùc, pu- 5 , ^?*jen ****» noas apprend que dés lors l'usage le plus commun étoit de prononcer monnaie. La rime joie-monnme étoitdonc déjà peu exicte du temps de Molière.

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