ACTE QUATRIÈME
CHIMÈNE, ELYIRE
CHIMENE
N'est-ce point un faux bruit? le sais-tu bien, El vire?
ELVIRE
Vous ne croiriez jamais comme chacun l'admire,
Et porte jusqu'au ciel, d'une commune voix,
De ce jeune héros les glorieux exploits.
Les Mores devant lui n'ont paru qu'à leur honte ; 1105
Leur abord fut bien prompt, leur fuite encor plus prompte.
Trois heures de combat laissent à nos guerriers
Une victoire entière et deux rois prisonniers.
La valeur de leur chef ne trouvoit point d'obstacles. '
CHIMÈNE
Et la main de Rodrigue a fait tous ces miracles? 1110
ELVIRI.
De ses nobles efforts ces deux rois sont le prix : Sa main les a vaincus, et sa main les a pris.
CHIMÈKE.
De qui peux-tu savoir ces nouvelles étranges?
ELVIRE
Du peuple, qui partout fait sonner ses louanges,
Le nomme de sa joie et l'objet et l'auteur, 1115.
Son ange tutélaire, et son libérateur.
CHIMÈNE
Et le Roi, de quel œil voit-il tant de vaillance?
ELVIRE
Rodrigue n'ose encor parottre en sa présence;
Mais don Diégue ravi lui présente enchaînés,
Au nom de ce vainqueur, ces captifs couronnes, 1120
Et demande pour grâce à ce généreux prince
Qu'il daigne voir la main qui sauve la province f.
t . l'or. Qu'il daigne voir la main qui sauve sa province. (1637-56)
ceheve.
Mais n'est-il point blessé?
ELYIRE.
Je n'en ai rien appris.
Vous changez de couleur! reprenez vos esprits.
CHIMÈNB.
Reprenons donc aussi ma colère affoiblie : 1125
Pour avoir soin de lui faut-il que je m'oublie?
On le vante, on le loue, et mou cœur y consent!
Mon honneur est muet, mon devoir impuissant!
Silence, mon amour, laisse agir ma colère :
S'il a vaincu deux rois, il a tué mon père1; 1130
Ces tristes vêtements, où je lis mon malheur,
Sont les premiers effets qu'ait produits1 sa valeur;
Et quoi qu'on die ailleurs d'un cœur si magnanime s,
Ici tous les objets me parlent de son crime.
Vous qui rendez la force & mes ressentiments, 1135
Voiles4, crêpes, habits, lugubres ornements,
Pompe que me prescrit sa première victoire1,
Contre ma passion soutenez bien ma gloire;
Et lorsque mon amour prendra trop de pouvoir6,
Parlez à mon esprit de mon triste devoir, 114Q
Attaquez sans rien craindre une main triomphante.
ELVIBB.
Modérez ces transports, voici venir l'Infante.