ACTE I, SCÈNE II
uel besoin si pressant ayez-vous de rimer?
t qui diantre vous pousse à vous faire imprimer? 350
i Ton peut pardonner l'essor d'un mauvais livre,
e n'est qu'aux malheureux qui composent pour vivre.
royez-moi, résistez à vos tentations,
érobez au public ces occupations,
t n'allez point quitter, de quoi que l'on vous somme, 355
e nom que dans la cour vous avez d'honnête homme,
our prendre, de la main d'un avide imprimeur,
elui de ridicule et misérable auteur '.
est ce que je tâchai de lui faire comprendre.
ORONTE
oilà qui va fort bien, et je crois vous entendre. 360
ais ne puis-je savoir ce que dans mon sonnet... *
ALCKSTE.
ranchement, il est bon à mettre au cabinet* ; )us vous êtes réglé sur de méchants modèles, : vos expressions ne sont point naturelles.
Qu'est-ce que, Nous berce un temps notre ennui? Et que, Rien ne marche après lui ?
Que, Ne vous pas mettre en dépense
s plus comiques. Ici, Je ne dis pas cela; dans Tartuffe, Le mvre homme! le Sans dot, de l'Avare; le Que diable alloit-il ire dans cette galère? des Fourberies de Scapin, sont d'admibles mots dont Molière semble avoir emporté le secret avec lui. : seul Hegnard, dans le Légataire, a trouvé un mot digne d'être acé à côté de ceux-là : C'est votre léthargie. »
1. Balzac, dans une lettre à Chapelain, du 23 novembre 1637, rie d'un homme de qualité qui faisait des livres : « Celui dont e parle votre lettre est de ceux dont j'estime plus la personne e les livres ; et quand j'ai dessein de le trouver beau, je ne le garde pas de ce côté-là. Est-il possible qu'un homme qui n'a pas pris 1 art d'écrire, et à qui il n'a point été fait de commanment de par le Roi, et sur peine de la vie, de faire des livres, ni Ile quitter son rang d'honnête homme qu'il tient dans le >nde, pour aller prendre celui d'impertinent et de ridicule parmi ; docteurs et les écoliers? »
2. On appelait cabinet un meuble propre à serrer des papiers, des jets précieux. « Le mot de cabinet, dit Duvicquet, ivavait point cote été détourné à l'acception qu'il a reçue des utiles et com- >des innovations de l'architecture moderne. Du temps de Molière, s vers bons à mettre au cabinet ne signifiaient autre chose que s vers indignes de voir le jour et de recevoir les honneurs de mpression. C'est ainsi que, dans le procès de la Femme juge et rite, comédie qui n'est guère postérieure que de deux ans au santhrope (2 mars 1669), Montfleury fait dire à la prude qui ononce la condamnation de l'ouvrage :
Ordonnons par pitié, pour raison de ses faits, Qu'elle entre au cabinet, et n'en sorte jamais. »
Pour ne me donner que V espoir f Et que, Philis, on désespère Alors qu'on espère toujours?
Ce style figuré, dont on fait vanité, 505
Sort du bon caractère et de la vérité;
Ce n'est que jeu de mots, qu'affectation pure,
Et ce n'est point ainsi que parle la nature.
Le méchant goût du siècle en cela me fait peur;
Nos pères, tout grossiers, l'avoient beaucoup meilleur ; 370
Et je prise bien moins tout ce que Ton admire.
Qu'une vieille chanson que je m en vais vous dire.
Si le Roi m'avoit donné
Paris, sa grand* ville, Et au' il me fallût quitter
L amour de nui mie, Je dirois au roi Henri :
Reprenez votre Paris, J'aime mieux ma mie, 6 gué1!
J'aime mieux ma mie.
La rime n'est pas riche, et le style en est vieux ;
Mais ne voyez-vous pas que cela vaut bien mieux
Que ces colifichets dont le bon sens murmure, 375
Et que la passion parle là toute pure ?
Si le Roi m'avoit donné
Parts, sa grand* ville, Et qu'il me fallût quitter
L amour de ma mie, Je dirois au roi Henri :
Reprenez votre Paris, J'aime mieux ma mie, 6 gué!
Taime mieux ma mie*.
Voilà ce que peut dire un cœur vraiment épris.
iA Philmte qui rit* :] lonsieur le rieur, malgré vos beaux esprits, 380
J'estime plus cela que la pompe fleurie De tous ces faux brillants où chacun se récrie.