ACTE I, SCENE II
Et nous berce un temps notre ennui; Mais, Philis, le truie avantage, Lorsque rien ne marche après lui!
PHILINTE
Je suis déjà charmé de ce petit morceau . 315
alceste, bas à Philinte.
Quoi? vous avez le front de trouver cela beau?
ORONTE
Vous eûtes de la complaisance; Mais vous en deviez moins avoir, Et ne vous pas mettre en dépense Pour ne me donner que V espoir.
P1I1LINTE.
Ahl qu'en termes galants ces choses-là sont mises 1
alceste, bas à Philinte.
Morbleu 1 vil complaisant, vous louez des sottises1?
ORONTE
S'il faut qu'une attente éternelle Pousse à bout V ardeur de mon zèle. Le trépas sera mon recours.
Vos soins ne m* en peuvent distraire :
Belle Philis, on désespère Alors qu'on espèi'e toujours*.
PHILINTE
La chute en est jolie, amoureuse, admirable.
alceste, bas, à part.
La peste de ta chute! Empoisonneur au diable 1 320
En eusses-tu fait une à te casser le nez !
que ce sonnet était l'œuvre de Benserade, mais œuvre qu u ne se soucia pas d'avouer après l'usage qu'en avait fait Molière. Il est au moins aussi probable que Molière s'était donné la peine de le composer lui-même. La chute parait empruntée du Convidado de
itiedra, comédie espagnole de Tirso deMolina, qui est l'original du 7 es tin de pierre:
El que un ben gozar espéra Quanto espéra désespéra.
« Celui qui espère jouir d'un bien désespère tout le temps qu'il espère. »
Cette pointe rappelle aussi le vers 135 du Cid
Ma plus douce espérance est de perdre l'espoir ; et la chanson de Ronsard où se trouve celte définition de l'amour; C'est un plaisir tout rempli de tristesse ; C'est un tourment tout confit de liesse
On désespoir où toujours on espère, Un espérer où l'on se désespère.
HULTNTE.
Je n'ai jamais ouï de vers si bien tournés.
alceste, bas, à part.
Morbleu
obonte, à Philinte.
Tous me flattez, et vous croyez peut-être...
PHILINTE
Non, je ne flatte point.
alceste, bas y à part.
lié! que fais-tu donc, traître?
ORONTB, à Alceste.
Mais, pour tous, tous savez quel est notre traité. 525
Parlez-moi, je vous prie, avec sincérité.
ALCESTE
Monsieur, cette matière est toujours délicate,
Et sur le bel esprit nous aimons qu'on nous flatte.
Mais un jour, à quelqu'un dont je tairai le nom,
Je disois, en voyant des vers de sa façon, 350
Qu'il faut qu'un galant homme ait toujours grand empire
Sur les démangeaisons qui nous prennent d'écrire ;
Qu'il doit tenir la bride aux grands empressements
Qu'on a de faire éclat de tels amusements;
Et que, par la chaleur de montrer ses ouvrages, 355
On s'expose à jouer de mauvais personnages.
ORONTE
Est-ce (pie vous voulez me déclarer par là Que j'ai tort de vouloir...
Je ne dis pas cela.
Mais je lui disois, moi, qu'un froid écrit assomme, Qu'il ne faut que ce foible à décrier un homme, 340
Et, qu'eût-on d'autre part cent belles qualités, On regarde les gens par leurs méchants cotés.
OHONTE.
Est-ce qu'à mon sonnet vous trouvez à redire?
ALCESTE
Je fie dis pas cela. Mais, pour ne point écrire,
Je lui mettois aux yeux comme, dans notre temps, 54;>
Cette soif a gâté de fort honnêtes gens.
ORONTE
Est-ce que j'écris mal, et leur resserablerois-je?
ALCESTE
Je ne dis pas cela1. Mais enfin, lui disois-je,
1. « Voilà une de ces répétitions, dit Aoger, dont Molière a tiré un si grand parti, et qui sont justement comptées parmi set trait*