ACTE II, SCÈNE IV
PHILIÎÏTE.
On fait assez de cas de son oncle Damis ; Qu'en dites-vous, Madame ?
CÉMIfàlfE.
Il esl de mes amis.
raimiTE.
Je le trouve honnête homme, et d'un air assez sage.
GEUMftNE.
Oui ; mais il veut avoir trop d'esprit, dont j'enrage. 600
Il est guindé sans cesse ; et, dans tous ses propos,
On voit qu'il se travaille à dire de bons mois1.
Depuis que dans la tète il s'est mis d'être habile,
Rien ne touche son goût, tant il est difficile.
11 veut voir des défauts à tout ce qu'on écrit, 605
Et pense que louer n'est pas d'un bel esprit,
Que c'est être savant que trouver à redire,
Qu'il n'appartient qu'aux sots d'admirer et de rire,
Et qu'en n'approuvant rien des ouvrages du temps,
Il se met au-dessus de tous les autres gens. 610
Aux conversations même il trouve à reprendre :
Ce sont propos trop bas pour y daigner descendre ;
Et, les deux bras croisés, du haut de son esprit,
11 regarde en pitié tout ce que chacun dit.
Dieu me damne, voilà son portrait véritable. 615
clitandre, à Célimène.
Pour bien peindre les gens vous êtes admirable.
ALCE8TE.
Allons, ferme, poussez, mes bons amis de cour;
Vous n'en épargnez point, et chacun a son tour :
Cependant aucun d'eux à vos yeux ne se montre,
Qu'on ne vous voie, en hâte, aller à sa rencontre, 620
Lui présenter la main, et d'un baiser flatteur
Appuyer les serments d'être son serviteur.
CL1TANDBB.
Pourquoi s'en prendre à nous? Si ce qu'on dit vous blesse Il faut que le reproche à Madame s'adresse.
ALCESTE
Non, morbleu ! c'est à vous ; et vos ris complaisants 625
Tirent de son esprit tous ces traits médisants.
Son humeur satirique est sans cesse nourrie
Par le coupable encens de votre flatterie ;
Et son cœur à railler trouverait moins d'appas,
S'il a voit observé qu'on ne l'applaudit pas. 63C