ACTE IU, SCÈNE 1Y
Et je ne sais pourquoi votre Ame ainsi s'emporte, 955
Madame, à me pousser de cette étrange sorte.
CtiUMÈNB.
Et moi, je ne sais pas, Madame, aussi pourquoi
On vous voit en tous lieux vous 'déchaîner sur moi.
Faut-il de vos chagrins sans cesse à moi vous prendre?
Et puis-je mais des soins qu'on ne va pas vous rendre? 960
Si ma personne aux gens inspire de l'amour,
fit si 1 on continue à m'offrir chaque jour
Des vœux que voire coeur peut souhaiter qu'on m'ôte,
Je n'y sanrois que faire, et ce n'est pas ma faute :
Vous aves le champ libre, et je n'empêche pas 965
Que, pour les attirer, vous n'ayez des appas.
ARglNOÉ.
Hélas I et croyez-vous que l'on se mette en peine
De ce nombre d'amants dont vous faites la vaine,
Et qu'il ne nous soit pas fort aisé de juger
A quel prix aujourd'hui l'on peut les engager? 970
Pensez-vous faire croire, à voir comme tout roule,
Que votre seul mérite attire cette foule ?
Qu'ils ne brûlent pour vous que d'un honnête amour,
It que pour vos vertus ils vous font tous la cour?
>n ne s'aveugle point par de vaines défaites : 975
•e monde n'est point dupe; et j'en vois qui sont faites
pouvoir inspirer de tendres sentiments, ui chez elles pourtant ne fixent point d'amants; t de là nous pouvons tirer des conséquences, u'on n'acquiert point leurs cœurs sans de grandes avances, l'aucun, pour nos beaux yeux, n'est notre soupirant,
qu'il faut acheter tous les soins qu'on nous rend. ; vous enflez donc point d'une si grande gloire, ur les petits brillants * d'une fouSle victoire ;
corriges un peu l'orgueil de vos appas, 985
traiter pour cela les gens de haut en bas. nos yeux envioient les conquêtes des vôtres, pense qu'on pourroit faire comme les autres, se point ménager, et vous faire bien voir » l'on a des amants quand on en veut avoir. 990
CÉL1MÈNE
z-en donc, Madame, et voyons cette affaire; ce rare secret efforcez-vous de plaire ; ans
L'Académie, dans la première édition de son Dictionnaire, cite ixemples : H y a bien de» brillant», de grand» brillant»* dan» oëm*.
AR8WOÉ.
Brisons, Madame, un pareil entretien .
Il pousseroit trop loin votre esprit et le mien ; St j'aurois pris déjà le congé qu'il faut prendre, 095
Si mon carrosse encor ne m'obligeoit d attendre.
CÉLIMÈNE
Autant qu'il vous plaira vous pouvez arrêter,
Madame, et là-dessus rien ne doit vous hâter.
Hais, sans vous fatiguer de ma cérémonie,
Je m'en vais vous donner meilleure compagnie ; 1000
Et Monsieur, qu'à propos le hasard fait venir,
Remplira mieux ma place à vous entretenir.
Alceste, il faut que j'aille écrire un mot de lettre,
Que, sans me faire tort, je ne saurois remettre.
Soyez avec Madame : elle aura la bonté 1005
D'excuser aisément mon incivilité.