SCÈNE II
ALCESTB, ÉLIANTE, PH1L1NTB
ALCESTB.
Ah 1 faites-moi raison, Madame, d'une offense Qui Tient de triompher de toute ma constance.
ÉLIANTE
Qu'est-ce donc? Qu'avez- vous qui vous puisse émouvoir? 1185
ALCESTB.
J'ai ce que, sans mourir, je ne puis concevoir ;
Et le déchaînement de toute la nature
Ne m'accableroit pas comme cette aventure.
C'en est fait. . . Mon amour. . . Je ne saurois parler.
ÉLIANTE
Que votre esprit un peu tâche à se rappeler1. 1190
ALCESTB.
0 juste Ciel ! Faut-il qu'on joigne à tant de grâces Les vices odieux des âmes les plus basses !
ÉLIANTE
Mais encor, qui vous peut . .
ALCESTB.
Ah ! tout est ruiné ; Je suis, je suis trahi, je suis assassiné. Célimène. . . Eût-on pu croire cette nouvelle? 1195
Célimène me trompe, et n'est qu'une infidèle.
ÉLIANTE
Avez-vous, pour le croire, un juste fondement ?
PBIUXTE.
Peut-être est-ce un soupçon conçu légèrement ; Et votre esprit jaloux prend parfois des chimères. . .
ALCESTE
Ahl morbleu! mêlez-vous, Monsieur, de vos affaires. 1200
[A Éliante:] C'est de sa trahison n'être que trop certain, Que l'avoir, dans ma poche, écrite de sa main Oui, Madame, une lettre écrite pour Oronte
1. Molière a emprunté ce vers et les cinq précédents, avec des changements de mots dans chacun d'eux, puis encore ci-aprés les ^ers 1193 et 1194, à la scène vu du IV* acte de sa comédi'e de Don îarcie de Navarre, représentée sans succès en 1661. Pour les deux cènes suivantes, il a fait divers emprunts à la même pièae : à la cène ni du I" acte, à la ▼• de l'acte II, à la u* de l'acte III, et à i vur* de l'acte IV.
A produit à mes yeux ma disgrâce et sa honte ;
Oronte, dont j'ai cru qu'elle fuyoit les soins, 1205
Et que de mes rivaux je redoutais le moins,
PHUHTE.
Une lettre peut bien tromper par l'apparence, Et n'est pas quelquefois si coupable qu'on pense.
ALCESTE
Monsieur, encore un coup, laissez-moi, s'il vous plaît, -
Et ne prenez souci que de votre intérêt. 1210
ELIAKTE.
Vous devez modérer vos transports, et l'outrage. ••
ALCE8TB.
Madame, c'est à vous qu'appartient cet ouvrage ;
C'est à vous que mon cœur a recours aujourd'hui,
Pour pouvoir s'affranchir de son cuisant ennui.
Vengez-moi d'une ingrate et perfide parente 1215
Qui trahit lâchement une ardeur si constante, ,
Vengez-moi de ce trait qui doit vous faire horreur. J
j ELIANTE.
Moi, vous venger? Gomment?
En recevant mon cœur.
Acceptez-le, Madame, au lieu de l'infidèle : C'est par là que je puis prendre vengeance d'elle; 1220
Et je la veux punir par les sincères vœux, ~ Par le profond amour, les soins respectueux, Les devoirs empressés et l'assidu service Dont ce cœur va vous foire un ardent sacrifice.