ACTE IV, SCÊNB I
Qu'on n'y toit condamné sur peine de la vie '. » 1120
Enfin toute la grâce et raccommodement
Où s'est avec effort plié son sentiment,
C'est de dire, croyant adoucir bien son style.
c Monsieur, je suis lâché d'être si difficile;
Et, pour l'amour de vous, je voudrais de bon cœur 1 125
Avoir trouvé tantôt votre sonnet meilleur. »
Et, dans une embrassade, on leur a, pour conclure,
Fait vite envelopper toute la procédure.
EXIAHTE.
Dans ses façons d'agir il est fort singulier ;
Mais j'en fois, je l'avoue, un cas particulier ; 1 1 50
Et la sincérité dont son âme se pique
A quelque chose en soi de noble et d'héroïque.
C'est une vertu rare au siècle d'aujourd'hui,
Et je la voudrois voir partout comme chez lui.
PHILTOTE.
Pour moi, plus je le vois, plus surtout je m'étonne 1155
De cette passion où son cœur s'abandonne.
De l'humeur dont le Ciel a voulu le former,
Je ne sais pas comment il s'avise d'aimer ;
Et je sais moins encor comment votre cousine
Peut être la personne où son penchant l'incline. 1140
ÉL1ANTK.
Cela fait assez voir que l'amour, dans les cœurs, V'est pas toujours produit par un rapport d'humeurs St toutes ces raisons de douces sympathies9 )ans cet exemple-ci se trouvent démenties.
PHILINTB.
Tais croyez-vous qu'on l'aime, aux choses qu'on peut voir? 1145
1. Cizeron Rival rapporte, dans ses Mélangée (p. 129), un mot '.mblable de Malherbe à un jeune magistrat qui était venu le msulter sur des vers de sa façon. Le poète écouta longtemps sa cture en silence; mais enfin il se lève, et lui demande s'il a eu il tentative de (aire cet vers ou d'être pendu : à moins de cela, oute-t-il, vous ne devez pas exposer votre réputation en proisant une pit ce si ridicule.
2. La sympathie, mot alors fort à la mode, est ainsi définie dans Rodogune de Corneille (acte I, scène v, vers 559-362) :
Il est des nœuds secrets, il est des sympathies Dont par le doux rapport les âmes assorties * S'attachent l'une i l'autre, et se laissent piquer Par ces je ne sais quoi qu'on ne peut expliquer.
- Voyez aussi la Suite du Menteur (acte IV, scène 1, vers 1221- •4.)
ÉUANVB.
C'est un point qu'il n'est pas fort aisé de savoir.
Comment pouvoir juger s'il est vrai qu'elle l'aime?
Son cœur de ce qu'il sent n'est pas bien sûr lui-même:
Il aime quelquefois sans qu'il le sache bien,
Et croit aimer aussi parfois qu'il n'en est rien. 1150
PHILIlfTE.
Je crois que notre ami, près de cette cousine,
Trouvera des chagrins plus qu'il ne s'imagine ;
Et, s'il avoit mon cœur, à dire vérité,
Il tourneroit ses vœux tout d'un autre côté ;
Et, par un choix plus juste, on le verroit, Madame, 1155
Profiter des bontés que lui montre votre âme.
■LIANTE
Pour moi, je n'en fais point de façons, et je croi
Qu'on doit, sur de tels points, être de bonne foi
Je ne m'oppose point à toute sa tendresse :
Au contraire, mon cœur pour elle s'intéresse ; 1160
Et, si c'étoit qu'à moi la chose pût tenir,
Moi-même à ce qu'il aime on me verroit l'unir.
Mais, si dans un tel choix, comme tout se peut faire,
Son amour éprouvoit quelque destin contraire,
S'il falloit que d'un autre on couronnât les feux, 1165
Je pourrois me résoudre à recevoir ses vœux ;
Et le refus souffert en pareille occurrence
Ne m'y feroit trouver aucune répugnance.
PUILIHTB.
Et moi, de mon côté, je ne m'oppose pas,
Madame, à ces bontés qu'ont pour lui vos appas , 1170
Et lui-même, s'il veut, il peut bien vous instruire
De ce gué là-dessus j'ai pris soin de lui dire.
Mais si, par un hymen qui les joindroit eux deux,
Vous étiei hors d état de recevoir ses vœux,
Tous les miens tenteraient la faveur éclatante 1179
Qu'avec tant de bonté votre àme lui présente :
Heureux si, quand son cœur s'y pourra dérober,
Elle pouvoit sur moi, Madame, retomber?