‹ Théâtre classique, contenant le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte, de P. Corneille; Britannicus, Esther, Athalie, de J. Racine; Mérope, de Voltaire; le Misanthrope, de MolièreChapitre 603 sur 619 · ACTE IV, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE III

Et, puisque notre cœur (ait un effort extrême.

Lorsqu'il peut se résoudre à confesser qu'il aime

Puisque l'honneur du sexe, ennemi de nos feux,

S'oppose fortement à de pareils aveux, 1370

L'amant qui voit pour lui franchir un tel obstacle

Doit-il impunément douter de cet oracle?

Et n'est-il pas coupable, en ne Rassurant pas

A ce qu'on ne dit point qu'après de grands combats?

Ailes, de tels soupçons méritent ma colère, 1375

Et vous ne valez pas que l'on vous considère.

Je suis sotte, et veux mal à ma simplicité

De conserver encor pour vous quelque bonté :

Je devrois autre part attacher mon estime,

Et vous taire un sujet de plainte légitime. 1380

ALCESTK.

Ah t traîtresse 1 mon foible est étrange pour vous.

Vous me trompes sans doute avec des mots si doux ;

Mais il n'importe, il faut suivre ma destinée :

A votre foi mon âme est toute abandonnée;

JeVeux voir jusqu'au bout quel sera votre cœur, 1385

Et si de me trahir il aura la noirceur.

CBLMÈHR.

Non, vous ne m'aimes point comme il faut que l'on aime.

▲LCISTB.

Ah 1 rien n'est comparable à mon amour extrême ;

Et, dans l'ardeur qu'il a de se montrer à tous,

Il va jusqu'à former des souhaits contre vous. 1390

Oui, je voudrais qu'aucun ne vous trouvât aimable,

Que vous fussiez réduite en un sort misérable;

Que le Ciel, en naissant, ne vous eût donné rien;

Que vous n'eussiez ni rang, ni naissance, ni bien;

Afin que de mon cœur l'éclatant sacrifice 1395

Vous pût d'un pareil sort réparer l'injustice;

Et que j'eusse la joie et la gloire en ce jour

De vous voir tenir tout des mains de mon amour1.

cÉLUKire.

C'est me vouloir du bien d'une étrange manière t Me préserve le Ciel que vous ayez matière 1 . • . 1400

Voici Monsieur Du Bois plaisamment figuré.

1. « Mesurez, dit Lemercier, de quel point Alceste partit au commencement, et quel intervalle il a franchi jusqu'au point où il arrive à la fin ; vous jugerez l'étendue immense au talent de l'auteur. Cette belle scène r ex pose par la colère, se lie et s'intrigue par l'amour, et se dénoue par la faiblesse naturelle aux passions véhémentes. » (Cours de littérature, xx* séance.)

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