‹ Théâtre classique, contenant le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte, de P. Corneille; Britannicus, Esther, Athalie, de J. Racine; Mérope, de Voltaire; le Misanthrope, de MolièreChapitre 67 sur 619 · LE G1D · texte numérisé non relu

LE G1D

De tous mes cavaliers feroit ses ennemis.

L'opposer seul à tous serait trop d'injustice :

Il suffit qu'une fois il entre dans la lice. 1450

Choisis qui tu voudras, Ghimène, et choisis bien; Mais après ce combat ne demande plus rien.

DON DIÈ6UE

N'excusez point par là ceux que son bras étonne :

Laissez un champ * ouvert, où n'entrera personne.

Après ce que Rodrigue a fait voir aujourd'hui, 1455

Quel courage assez vain s'oseroit prendre à lui?

Qui se hasarderait contre un tel adversaire?

Qui serait ce vaillant, ou bien ce téméraire?

DON &ANCBE.

Faites ouvrir le champ : vous voyez l'assaillant;

Je suis ce téméraire, ou plutôt ce vaillant. 1440

Accordez cette grâce à l'ardeur qui me presse. Madame : vous savez quelle est votre promesse.

DON FEKNAND.

Chimène, remets-tu ta querelle en sa main?

CHIHÈNE.

Sire, je l'ai promis.

DON FEBNAND.

Soyez prêt à demain.

DON DIÈGUE

Non, Sire, il ne faut pas différer davantage : 1445

On est toujours trop prêt quand on a du courage.

DON FER\À>D

Sortir d'une bataille, et combattre à l'instant!

DON DIÈGUE

Rodrigue a pris haleine en vous la racontant.

DON FEIUUND.

Du moins une heure ou deux je veux qu'il se délasse *. Mais de peur qu'en exemple un tel combat ne passe, 1450 Pour témoigner à tous qu'à regret je permets . Un sanglant procédé qui ne rne plut jamais, De moi ni de ma cour il n'aura la présence.

(Il parle à don Arias.)

1. Ici et au vers 1439, les éditions de 1637-56 donnent camp, pour champ.

2. Corneille dit dans son Discourt de la tragédie: « Je me suis toujours repenti d'avoir fait dire au Roi, dans le Cid, qu'il vouloit que Rodrigue se délassât une heure ou deux après la défaite des Maures avant que de combattre don Sanche: je l'avois fait pour montrer que la pièce étoit dans les vingt-quatre heures; et cela n'a servi qu'à avertir les spectateurs delà contrainte avec laquelle je l'y ai réduite. »

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