SCÈNE VI
DON FERNAND, DON DIÈGUE, DON ARIAS, DON SANCHE, DON ALONSE CH1MÈNE, ELYIRE
CHUÈNE.
Sire, il n'est plus besoin de vous dissimuler
Ce que tous mes efforts ne vous ont pu celer.
J'aimois, vous l'avez su; mais pour venger mon père*,' 1725
J'ai bien voulu proscrire une tête si chère :
Votre Majesté, aire, elle-même a pu voir
Comme j'ai fait céder mon amour au devoir.
Enfin Rodrigue est mort, et sa mort m'a changée
D'implacable ennemie en amante affligée. 1750
J'ai dû cette vengeance à qui m'a mise au jour,
Et je dois maintenant ces pleurs à mon amour.
Don Sanche m'a perdue en prenant ma défense,
Et du bras qui me perd je suis la récompense !
Sire, si la pitié peut émouvoir un roi, 4735
De grâce, révoquez une si dure loi ; Pour prix d'une victoire où je perds ce que j'aime, Je lui laisse mon bien ; qu'il me laisse a moi-même ; Qu'en un cloître sacré je pleure incessamment, Jusqu'au dernier soupir, mon père et mon amant. 1740
DON DIÈGUE
Enfin elle aime, Sire, et ne croit plus un crime D'avouer par sa bouche un amour * légitime.
1. Var. [Tu peindras son malheur, mon crime et ta vaillance? J Qu'à tes yeux ce récit tranche mes tristes jours ?
Va, va, je mourrai bien sans ce cruel secours;
Abandonne mon âme au mal qui la possède :
Pour venger mon amant, je ne veux point qu'on m'aide.
— Ces vers terminent la scène dans les éditions indiquées.