SCÈNE I
SABINE, JULIB
SABINE
Approuvez ma faiblesse, et souffrez ma douleur ;
Elle n'est que trop juste en un si grand malheurs
Siprèsde voir sur soi fondre de tels orages, 3^C<**'><^
Lffiranlement sied bien aux plus fermes courages ; t» *£*<. ^
Et Tesprit le plus mâle et le moins abattit /-<«, J**4- 5 "^ '.
Ne sauroit sans désordre exercer sa vertu. ^
Quoique le mien s'étonne à ces rudes alarmes,
Le trouble de mon cœur ne peut rien sur mes larmes,
Et parmi les soupirs qu'il pousse vers les cieux,
Ha constance du moins règne encor sur mes yeux : 10
Quand on arrête là les déplaisirs d'une âme,
Si l'on fait moins qu'un homme, on fait plus qu'une femme.
Commander à ses pleurs en cette extrémité,
C'est montrer, pour le sexe, assez de fermeté.
JULIE
C'en est peut-être assez pour une âme commune *, 15
4. Et non Un Horace*, comme on dit souvent. Dés 1640, Chapetain, dans une lettre à Balzac du 17 novembre, désigne la pièce par le pluriel. Voyez aussi l'extrait de La Harpe, ci-dessus, p. 92.
Ï.Var. C'en est assez et trop pour une âme commune. (1641-56)
Qui du moindre péril se fait une infortune1 , Mais de celte faiblesse un grand cœur est honteux* ; Il ose espérer tout dans un succès douteux. Les deux camps sont rangés au pied de nos murailles ; Mais Rome ignore encor comme on perd des batailles. 20 Loin de trembler pour elle, il lui faut applaudir : Puisqu'elle va combattre, elle Ta s'agrandir. Bannissez, bannisses une frayeur si vaine, Et concevez des vœux dignes d'une Romaine.
Sabine.
Je suis Romaine, hélas I puisqu'Horace est Romain s, 25
J'en ai reçu le titre en recevant sa main ;
Mais ce nœud me tiendrait en esclave enchaînée, >*+**»*£- S'il m'em pêchoit de voir en quels lieux je suis née.
Aibe, où j'ai commencé de respirer le jour,
Albe, mon cher pays, et mon premier amour, 50
Lorsqu'entre nous et toi je vois la guerre ouverte4,
Je crains notre victoire autant que notre perte. Rome, si tu te plains que c'est là te trahir,
Fais-toi des ennemis que je puisse haïr s.
Quand ie vois de tes murs leur armée et la nôtre, 35
Mes trois frères dans l'une, et mon mari dans l'autre,
Puis-je former des vœux, et sans impiété
Importuner le ciel pour ta félicité ?
Je sais que ton État, encore en sa naissance,
Ne saurait, sans la guerre, affermir sa puissance ; 40
w/A-^jQd ., Je sais. qu'il doit s'accroître, et que tes grands destins6 . <*.* ^e je borneront pascnezîes peuples latins ;
Que les dieux t'ont promis l'empire de la terre,
Et que tu n'en peux voir l'effet que par la guerre : / . Bien loin de m'opposer à celte noble ardeur 45
XiaiV Qui suit l'arrêt des dieux et court & ta grandeur,
Je voudrais déjà voir tes troupes couronnées, , L c< K D'un pas victorieux franchir les Pyrénées.
1. Var. Qui du moindre péril n'attend qu'une infortune. (1641-48) %. Var. D'un tel abaissement un grand cœur est honteux.
3. Var. Je suis Romaine, hélas 1 puisque mon époux l'est; L'hymen me fait de Rome embrasser l'intérêt ;
Mais il tien droit mon Ame en esclave enchaînée,
S'il m'ôtoit le penser des lieux où je suis née. (1641-56)