‹ Théâtre classique, contenant le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte, de P. Corneille; Britannicus, Esther, Athalie, de J. Racine; Mérope, de Voltaire; le Misanthrope, de MolièreChapitre 94 sur 619 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

Va jusqu'en l'Orient pousser tes bataillons ;

Va sur les bords du Rhin planter tes pavillons ; 50

Fais trembler sous tes pas les colonnes d'Hercule-;

Hais respecte une Tille à qui tu dois Romule.

Ingrate, souviens-toi que du sang de ses rois

Tu tiens ton nom, tes murs, et tes premières lois.

Albe est ton origine ; arrête, et considère . 55

Que tu portes le fer dans le sein de ta mère. o-tra*r-v**

Tourne ailleurs les efforts de tes bras triomphants, , j .

Sa joie éclatera dans l'heur de ses enfants ; x^*axxw-.<^

Et se laissant ravir à l'amour maternelle, "

Ses vœux seront pour toi, si tu n'es plus contre elle. 00

JULIl.

Ce discours me surprend, vu que depuis le temps

Qu'on a contre son peuple armé nos combattants,

Je vous ai vu pour elle autant d'indifférence

Que si d'un sang romain vous aviei pris naissance1.

J'admirois la vertu qui réduisoit en vous 65

Vos plus-chers intérêts à ceux de votre époux;

Et je vous consolois au milieu de vos plaintes,

Gomme si notre Rome eût fait toutes vos craintes.

SABEVK.

Tant qu'on ne s'est choqué qu'en de légers combats, -^ce^-n. v

Trop foibles pour jeter un des partis à bas, 70

Tant qu'un espoir de paix a pu flatter ma peine»

Oui, j'ai fait vanité d'être toute Romaine.

Si j'ai vu Rome heureuse avec quelque regret, ,

Soudain j'ai condamné ce mouvement secret ; Q^^UCo^k..^

fct si j'ai ressenti, dans ses destins contraires, 75 {

Quelque maligne joie en faveur de mes frères, * ,

Soudain, pour l'étouffer rappelant ma raison, ^tww ^

J'ai pleuré quand la gloire entroit dans leur maison. «

Mais aujourd'hui qu'il faut que l'une ou l'autre tombe,

Qu'Albe devienne esclave, ou que Rome succombe, 80

Et qu'après la bataille il ne demeure plus

Ni d'obstacle aux vainqueurs, ni d'espoir aux vaincus,

J'auroispour mon pays une cruelle haine,

Si je nouvois encore être toute Romaine,

Et si je demandois votre triomphe aux dieux» 85

Au prix de tant de sang qui m'est si précieux.

Je m'attache un peu moins aux intérêts d'un homme :

Je ne suis point pour Albe, et ne suis plus pour Rome;

Je crains pour l'une et l'autre en ce dernier effort,

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