‹ Théatre complet (volume 2)Chapitre 109 sur 208 · BRISSOT, MADAME BRISSOT · texte numérisé non relu

BRISSOT, MADAME BRISSOT

MADAME BRISSOT, assise et pleurant pendant que Brissot se promène avec agitation dans la chambre.

Que voulais-tu que je fisse?

BRISSOT

Ce que vous deviez faire, du moment que vous saviez la vérité : me la dire, parce que j'étais le père, le chef de la famille, celui qui doit tout savoir parce qu’il est responsable de tout.

MADAME BRISSOT

Cette vérité, c'était elle qui me l'avait avouée:; c'était

son secret. Je n’avais pas le droit de la trahir. BRISSOT.

Il valait bien mieux me trahir, moi.

MADAME BRISSOT

Ce n’était pas ta colère qu’elle redoutait, c'était ta douleur. Elle t’aime tant. Elle espérait que tu ignorerais toujours. Savions-nous ce que tu aurais fait?

BRISSOT

Cela ne vous regardait pas. J'étais seul juge de ce que j'avais à faire.

MADAME BRISSOT

Elle préférait se tuer.

BRISSOT

Elle eût mieux fait.

MADAME BRISSOT

Brissot!

Croyez-vous que je n’aimerais pas mieux avoir eu à la pleurer que d’avoir à la maudire.

MA DAME BRISSOT

Ce n’est pas elle qui est coupable, c’est lui.

BRISSOT

Cest elle la coupable, la triple coupable. Lui, ne déshonorait pas son nom déjà compromis et déconsidéré par sa mère, par son père et par lui-même; il ne trahissait pas la tendresse et la confiance de parents honorables comme nous. Il continuait la tradition des vices de sa famille; il faisait son métier d’oisif sans morale et de libertin sans scrupule, pour lequel le monde a tant d’excuses. Mais elle, elle mentait bassement, lâchement tous Les jours, aux honnêtes gens qui l’entouraient. Quand le matin, avant d’aller à mon travail, je posais mes lèvres sur son front avec tout ce qu’il y avait de pur en moi, ce front était souillé; quand le soir elle me quittait et que je l’embrassais tendrement, croyant qu’elle allait se reposer du labeur d’une journée honnêtement remplie, elle allait rêver de son amant. Ah! ne me parlez plus d'elle!

MADAME BRISSOT

C'est un grand malheur.

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