FRANCILLON ANNETTE
Vous faites cuire des pommes de terre dans du bouillon, vous les coupez en tranches comme pour une salade ordinaire, et, pendant qu’elles sont encore tièdes, vous les assaisonnez de sel, poivre, très bonne huile d’olives à goût de fruit, vinaigre.
HENRI
A l’estragon?
ANNETTE
L’orléans vaut mieux : mais c’est sans grande importance; l’important, c’est un demi-verre de vin blanc, Château-Yquem, si c’est possible. Beaucoup de fines herbes, hachées menu, menu. Faites cuire en même temps, au court bouillon, de très grosses moules avec une branche de céleri, faites-les bien égoutter et ajoutezles aux pommes de terre déjà assaisonnées. Retournez le tout légèrement.
THÉRÈSE
Moins de moules que de pommes de terre?
ANNETTE
Un tiers de moins. Il faut qu'on sente peu à peu la moule ; il ne faut ni qu’on la prévoie ni qu’elle s'impose.
Très bien dit.
ANNETTE
Merci, monsieur. — Quand la salade est terminée,
remuée.…..
HENRI
Légèrement…
ANNETTE
Vous la couvrez de rondelles de truffes, une vraie calotte de savant.
Lois
d ACTE PREMIER.
HENRI
Et cuites.au vin de Champagne.
ANNETTE
Cela va sans dire. Tout cela, deux heures avant le diner, pour que cette salade soit froide quand on la servira.
On pourrait entourer le saladier de glace.
ANNETTE
Non, non, non. Ilne faut pas la brusquer; elle est très délicate et tous ses aromes ont besoin de se combiner tranquillement. — Celle que vous avez mangée aujourd'hui était-elle bonne?
HENRI
Un délice!
, ANNETTE
Eh bien, faites comme il est ditet vous aurez lemmême
agrément.
HENRI
Merci, mademoiselle. Ma pauvre maman, qui ne sort guère et qui est un peu gourmande, vous sera extrêmement reconnaissante.
ANNETTE
À votre service. J'ai encore bien d’autres régalades de ma composition; si elles peuvent être agréables à madame votre mère, je lui en porterai moi-même les recettes, et jen surveillerai l’exécution, la première fois, à moins que votre chef n’ait un trop mauvais caractère.
HENRI
C'est une cuisinière, ANNETTE.
Nous nous entendrons alors comme il convient entre
femmes. Quand vous voudrez. Maintenant, messieurs, il -ne mereste plus qu’à vous faire ma plus belle révérence.
STANISLAS
Vous nous abandonnez?
ANNETTE
Il faut que j'aille voir si mon fils dort bien.
HENRI
Votre fils?
ANNETTE
Le jeune vicomte Gaston de Riverolles ayant été sevré, c’est moi qui, pour laisser reposer sa mère, m’exerce à la maternité, toujours dans le but de trouver un mari. Il couche, pour la première fois, cette nuit, dans ma chambre.
HENRI
Restez avec nous, mademoiselle, A cette heure, monsieur le vicomte dort, les poings fermés, et d’ailleurs, il a sa nourrice platonique, sa nourrice à rubans, pour le porter et le veiller.
ANNETTE
Naturellement; mais la vérité, messieurs, c’est que je ne suis venue que pour servir le thé. Le salon m'est interdit après.
STANISLAS
Parce que ?.….
Parce qu’il paraît que vous dites des choses tellement inconvenantes qu’une jeune fille ne doit pas les entendre.
HENRI
Nous ne dirons que les choses les plus convenables. ANNETTE,
Mais, c’est qu’il parait aussi que quand vous n’êtes pas inconvenants, vous êtes ennuyeux.
| ACTE PREMIER. 215 Ci STANISLAS.
* Quia dit cela ?
FRANCINE, tout en jouant du piano.
C’est moi; retire-toi, ma chérie.
ANNETTE, fait la révérence.
Vous pouvez dire maintenant tout ce que vous voudrez, messieurs, je ne suis plus là et je n’écoute pas aux
portes.
Elle sort.