SCÈNE Il
Les Mèues, ANNETTE, LUCIEN, STANISLAS, ; HENRI.
Francine va se mettre au piano et joue du Wagner.
ANNETTE, à Thérèse avec une tasse de thé à la main. Une tasse de thé, chère madame ?
THÉRÈSE
Volontiers, ma chère enfant.
ANNETTE
Crème ou cognac ?
| THÉRÈSE
Ürème.
ANNETTE, présentant une tasse à Stanislas.
Et vous, monsieur de Grandredon ?
STANISLAS
Volontiers aussi, mademoiselle !
ANNETTE
Crème ou cognac ?
STANISLAS
Cognac. :
ANNETTE. '
Combien de morceaux de sucre?
STANISLAS
Cela dépend; deux, si vous les donnez avec une pince; tant que vous voudrez, si vous les donnez avec vos jolis doigts.
ANNETTE
On n’est pas plus galant.
Elle le sert avec une pince.
270 FRA NCILLON.
STANISLAS
Vous êtes cruelle. “ ANNETTE, à Henri.
Et vous, monsieur de Symeux ?
Moi, mademoiselle, je vous demanderai la recette de la salade que nous avons mangée ce soir ici. Il paraît qu’elle est de votre composition.
ANNETTE
La salade japonaise.
HENRI, Elle est japonaise ?
ANNETTE
Je l’appelle ainsi.
HENRT:
Pourquoi ?
ANNETTE
Pour qu’elle ait un nom; tout est japonais, maintenant.
HENRI
C’est vous qui l'avez inventée?
ANNETTE
Parfaitement. J'aime beaucoup m'occuper de cuisine. HENRI.
Vous avez pris des lecons ?
ANNETTE
Il y a maintenant des cours pour les jeunes filles: on étudie bien les éternels principes, et puis chacune com. pose selon son plus ou moins d'imagination. Il y à même des concours.
STANISLAS
Et dans quel but avez-vous appris à faire la cuisine,
mademoiselle? Car ce n’est pas avec l’idée d'en faire votre profession ?
ANNETTE
J'ai appris à faire la cuisine comme j'ai appris à lire, à écrire, à dessiner, à jouer du piano, à parler l'anglais et l'allemand, à chanter en italien, à monter à cheval, à patiner, à chasser, à conduire, comme j'ai appris la valse à deux et à trois temps, la polka et toutes les figures du cotillon, dans le but de trouver un mari. Tout ce que font les jeunes filles, n’est-ce pas, messieurs, dans le but de vous plaire? et ne doivent-elles pas s’efforcer d'être aussi parfaites que possible pour mériter l’honneur et la joie d'associer toute leur existence à quelques moments de la vôtre? (A Lucien.) Et toi, monsieur mon frère, veux-tu du thé?
LUCIEN, qui lit le journal.
Rien du tout! merci!
ANNETTE
Alors, monsieur de Symeux, si vous voulez prendre une plume et de l'encre, je vais vous dicter ma recette sur l'air que joue Francine. Mais vous m’assurez que cette communication ne sera faite qu’à des personnes dignes de la comprendre et de l’apprécier.
Vs HENRI. é
C’est pour maman. Excusez-moi de dire encoré maman à mon âge ; mais, comme je vis avec elle, j'ai gardé cette habitude d'enfance.
ANNETTE
Jene vous excuse pas, monsieur, je vous félicite; et moi qui n’ai plus ma mère, je vous envie. HENRI, à Lucien.
Elle a des facons de dire, à elle. (Haut.) Je suis à vos ordres, mademoiselle.