NAS
Cétai : Lie était elle qui avait raison.
Il n’y a plus à en douter. Mais j'ai compris alors qu’on m'avait fait un mensonge à ton sujet, sans pouvoir deviner pourquoi on me faisait ce mensonge. J'en étais arrivée à me figurer que madame de Millescudi était une jeune fille que tu avais voulu épouser et j'ai demandé une fois au général ce qu’elle était devenue. I1 m'a répondu qu’elle était partie avec sa mère pour la Havane.
LUCIEN
C'était vrai.
C'était vrai? — Nous nous marions, et la première fois que nous allons diner aux Ambassadeurs.
STANISLAS
Les femmes ne se marient plus que pour ça, maintenant.
Les deux premières personnes que j'apercois en entrant dans le salon, c’est la duchesse de Millescudi et sa mère, la duchesse toujours habillée comme une jeune fille à marier.
HENRI
A marier le soir même.
La mère toujours couverte de diamants; et un autre monsieur, bien entendu. Mais j'étais mariée; je savais déjà que les hommes du monde ne vivent pas seulement avec les femmes qu’ils ont épousées, que c'est même avec celles-là qu’ils vivent le moins; je n’avais pas Vair
de regarder, mais je voyais. Elle te faisait des petits
signes auxquels tu as répondu... (Mouvement de Lucien. Plus haut.) auxquels tu as répondu. Elle avait l’air de te dire, par un mouvement de tête : « Je vous fais compliment! » — ou plutôt : «Jete fais compliment! » — car son regard te tutoyaît. Elle me trouvait à son goût. Elle approuvait ton choix. Tu m'avais peut-être déjà montrée à elle, de loin, je l’espère, avant notre mariage. Tu l'avais peutêtre consultée avant de te décider! Tu m’as bien parlé d'elle, tu m'as bien raconté!.. Car les maris maïntenant, au lieu de cacher le plus possible à leurs femmes légitimes, comme ils le faisaient jadis, les aventures de leur vie de garçon, les leur racontent dans tous les détails et s’en vantent avec anecdotes et photographies à l’appui. Ce que je sais de choses, moi, que je ne devraïs pas savoir, c’est effrayant. Et je ne vais pas une fois au spectacle que je ne retrouve trois ou quatre de ces demoiselles ayant les mêmes souvenirs que moi, si toutefois elles ont le temps de se souvenir! Quand je pense qu’il y a quelque chose de commun entre moi et ces créatures et que ce quelque chose, c’est toi! Tiens, ne parlons plus de ça! — Stan, donnez-moi une cigarette.
STANISLAS
Tout allumée!
Oh! je n’ai pas envie de rire. HENRI, en lui donnant une cigarette.
Vous avez même envie de pleurer.
FRANCINE, à Henri.
Est-ce qu’il l’a revue, cette créature?
HENRI. , Jamais !
Vous ne voulez pas me le dire ?
nées :