‹ Théatre complet (volume 2)Chapitre 137 sur 208 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

STANISLAS

Voyons.

Eh bien, mes enfants.

STANISLAS

Chassez le naturel, il revient au galop.

Eh bien, la première fois que j’ai vu M. le comte Lucien de Riverolles, mon mari, c'était à l’Opéra ; il était ‘dans la loge de mademoiselle Rosalie Michon, une première loge, à droite, entre les colonnes.

Il n’y a qu'un malheur, c’est que ces dames me sont pas admises à l'Opéra dans les premières loges.

Excepté en dehors des jours d’abonnement et c'était à une représentation de charité, un samedi. Papaet maman. comme dirait M. de Symeux, m’y avaient conduite pour me faire voir des artistes appartenant à des théâtres où l’on ne me conduisait jamais, et réunis, ce soir-là, pour la bonne œuvre en question. Il y avait donc, dans la première loge, à droite, entre les colonnes, une ravissante personne, mise comme une jeune fille du meilleur monde, sans un seul bijou, sauf un bracelet d’or, un porte-bonheur, qui lui venait sans doute de toi, misérable !

HENRI

Oh non! il donnait mieux que ca, lui.

Tu l'entends?

LUCIEN

C’est pour te faire enrager; il ne connaît pas Rosalie Michon.

STANISLAS

Il n’y a plus que lui à Paris.

Mais, si mademoiselle Michon ne portait pas les diamants que vous lui avez tous donnés les uns après les autres.

STANISLAS

Les uns en même temps que les autres.

Elle les avait répandus sur madame sa mère, qui l’accompagnait et qui ressemblait à la constellation de la Grande-Ourse, non seulement comme éclat, mais comme forme! Oh! quelle mère! Les diamants m’offusquaient bien un peu; mais la fille était si jolie, que je demandai au général Vernebon, qui nous accompagnait, s’il connaissait ces dames. Il me répondit que c’étaient des étrangères : la duchesse de Millescudi et sa mère.

LUCIEN

Il n’était pas bête, le général.

Là-dessus, tu es entré dans la loge de ces dames et tu as causé si intimement avec la plus jeune, que j'ai demandé si tu étais son mari. Le général m’a répondu . « Oui », avec le plus grand sang-froid. Je ne te connaissais pas alors, mais je te trouvais très bien et je me disais en moi-même : « Je me contenterais bien d’un mari comme ce duc de Millescudi ». Quand je me suis plus tard retrouvée avec toi chez madame de Barnezay, j'ai dit à sa fille avec qui tu venais de danser : « Ah! vous connaissez le duc de Millescudi? » Vous voyez d'ici la figure de Geneviève. Je soutenais que tu t’appelais Millescudi et que tu étais marié. Elle soutenait que tu t’appelais Lucien de Riverolles et que tu ne l'étais pas,

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