‹ Théatre complet (volume 2)Chapitre 14 sur 208 · ACTE PREMIER. 31" LIONNETTE · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER. 31" LIONNETTE

Oui.

NOURVADY

Vous avez admiré l'élégance extérieure de cet hôtel, Cela suffisait pour que je ne voulusse pas qu’un homme .l’'habitât. Une autre fois, en passant, vous auriez pu regarder machinalement de ce côté, et le propriétaire, à sa fenêtre, eût pu s’imaginer que c'était lui que la belle comtesse de Hun regardait. J'ai acheté cette maison et je l'ai fait meubler aussi élégamment que possible. Si, dans ‘un an, dans deux ans, dans dix ans, si — demain, —les circonstances vous forçaient à vendre cet hôtel où nous sommes en ce moment, rappelez-vous cette maison des Champs-Élysées que nul n’a jamais habitée. Les voitures attendent sous les remises, les chevaux dans Les écuries, les valets dans les antichambres. La petite porte que * cette clef ouvre n’est que pour vous. (11 montre une petite clef.) Cette porte, vous la reconnaîtrez facilement. Votre chiffre est dessus. Dès que vous la franchirez, si vous la fran- ‘chissez un jour, vous n’aurez même plus la peine d’en ouvrir une autre ; toutes les portes seront ouvertes sur le chemin qui conduit à votre appartement. Dans le salon se trouve un coffret arabe d’un travail merveilleux ; ce coffret contient un millionen or, frappé exprès pour vous ; c’est de l'or vierge, tel que doit être l’or que vos petites, mains daigneraient toucher. Vous pouvez puiser à même dans ce coffre; quand il sera vide, il se remplira tout seul, il y a un secret pour cela. Les titres qui vous constituent la propriété de cet hôtel sont déposés dans un des meubles de ce salon. Vous n’aurez qu’à les signer le jour où vous voudrez bien légalement être propriétaire. Ai-je besoin d'ajouter que vous ne devrez rien à qui que ce soit en échange et que vous resterez absolument libre et maitresse de vos actions. Demain, je passerai la journée dans cette maison, à m’assurer que tout y est bien en

état de vous recevoir, et je n’y reparaîtrai plus que si

vous m'avez dit vous-même d’y revenir — ou d’y rester.

Lionnette prend la clef que Nourvady a déposée sur la table tout en

parlant, se lève, va la jeter par la fenêtre ouverte et passe devant Nourvady pour aller rejoindre Godler et Trévelé.

NOURVADY, pendant qu'elle passe devant lui.

Cette fenêtre donne sur votre jardin, comtesse, et non sur la rue. Dans un jardin, une clef se retrouve. IL salue et s’éloigne pour sortir. | LIONNETTE, à demi-voix.

L’insolent !

MISS JANE, entrant, à Lionnette.

M. Raoul ne veut pas se coucher, madame.

LIONNETTE

C'est bien, j'y vais.

Elle sort par la porte d’où miss Jane lui a parlé. £

TRÉVELÉ, à Godler.

Encore une sortiel c’est trop fort; cette fois, allonsnous-en !

NOURVADY.

Non, restez, je crois qu’on va avoir besoin de vous ici, Bonsoir.

Il sort.

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