ACTE DEUXIÈME
retourné à l’ancienne. C’est à elle qu'il a été infidèle en m'épousant; j'ai été un entr'acte dans les galanteries de cette demoiselle; quel honneur pour moi! C’est cette personne dont nous parlions hier. Vous n’en saviez rien, pauvre innocent! Vous êtes-vous bien amusé au bal de l'Opéra ?
HENRI
Je n’y suis pas allé.
Lucien y était cependant.
HENRI
Ce n’est pas une raison.
Je crayais que vous vous suiviez partout, et il m'avait dit qu'il ‘y allait avec ses amis. I1 mentait une fois de plus, qu'importe! Il n’y allait donc bien que pour elle. Vous avez eu tort de ne pas y aller ; c'était charmant.
HENRI
Comment le savez-vous ?
J'y suis allée.
Lucien vous y a conduite?
Pour qui le prenez-vous? J'y suis allée toute seule.
HENRI
Allons donc!
Qu'est-ce qu'il y a d'étonnant ? M. le maire, quand il nous a mariés, quel beau jour! ne m'a-t-il pas dit : « La femme doit suivre son mari. » Mon mari sortant, je l’ai suivi. Il allait au bal de l'Opéra; je suis allée où il
allait. Ce n’est pas ma faute, s’il est allé là. Du reste, j'étais absolument résolue à le suivre n’importe où il irait. Pas un de ceux qui se disent mes amis n’a pensé à essayer de faire comprendre à M. de Riverolles, que, quand on quitte une femme comme moi à une heure du matin, pour aller rejoindre une fille comme celle-là, on est un sot d'abord et un maânant ensuite.