‹ Théatre complet (volume 2)Chapitre 174 sur 208 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

LUCIEN

. Non? qui êtes-vous ? Son premier clerc, bien. Je suis M. deRiverolles, priez M° Gandonnot, s’il rentre avant cinq heures kde passer chez moi... Merci, monsieur. Il quitte le téléphone, THÉRÈSE, entrant.

On me dit que Francine est partie avec Annette pour aller au patinage. Mais, comme je voulais me retirer, Élisa a pris des airs mystérieux et m'a priée d'attendre madame et de parler à monsieur. Qu'y a-t-il ?

LUCIEN

Il y a que votre amie madame de Riverolles, hier, après votre départ. vous vous rappelez de quelle humeur elle était 2...

THÉRÈSE

C’est pour ça que je reviens de bonne heure, je le lui

avais promis.

Eh bien, après votre départ, m’ayant vu sortir, elle m'a fait une scène de jalousie intempestive et m’a menacé si...

LE MARQUIS

Si?

LUCIEN

Si elle apprenait jamais que je lui fusse infidèle, d’en faire autant de son côté. Je n’ai fait qu’en rire, bien entendu. Elle m’a suivi au bal de l'Opéra, sans que je me doutasse de rien, de là à la Maison d’Or, en compagnie d’un monsieur qu’elle ne nomme pas, parce qu’elle prétend ne pas le connaître et dont elle vient de me dire en face qu’elle a été la maîtresse. Voilà ce qu'il y a. J'ai espéré un moment que c’était un jeu qu’elle jouait, soit avec Henri, soit avec Stanislas; mais ce n’est ni vous, Henri, ni toi, Stanislas, qui avez accompagné la comtesse ?

STANISLAS

Non, mais c’est peut-être Carillac.

LECIEN. |

Je suis sûr que ce n’est pas Carillac. Je ne l’ai pas conyoqué. Je ne veux pas qu'il soit mêlé à tout cela pour des raisons que je vous dirai plus tard. Nous n’avons pas de secrets les uns pour les autres, je suis aussi sûr de votre discrétion que vous êtes sûr de ma confiance, Voilà la situation, mon père, qu'est-ce que vous en pensez ?

LE MARQUIS

Je pense que c’est à la fois monstrueux, absurde et possible. Sur cent femmes amoureuses, il y en à quarante qui disent à l’homme qu’elles aiment ce que ta femme t’a dit : « Si tu avais une maîtresse, j'aurais un amant;»ily en a vingt qui disent : « Si tu me trompais, je partirais et tu ne me reverrais plus; » il y en a quinze qui disent : « Si tu m'étais infidèle, je te tuerais ou je me tuerais, ou je te tuerais et moi ensuite. »

THÉRÈSE

Et les autres?

LE MARQUIS

Les autres ne disent rien, ce sont les plus inquiétantes, elles se réservent la diversité des moyens de représailles ou d'attaques. Maintenant, combien y en a-t-il qui font ce qu’elles ont menacé de faire, autre question ?

THÉRÈSE

Et Francine n’a pas fait ce qu’elle a dit à son mari. Je sais bien ce qu’elle me disait aussi, à moi, hier, à cette même place et sur ce même sujet. La femme qui parlait de la sorte n’a pas fait ce dont on l’accuse, ce dont elle s'accuse ; j’en réponds, j’en réponds.

LUCIEN

Vous m'avez prévenu cependant qu’elle était capable

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