‹ Théatre complet (volume 2)Chapitre 177 sur 208 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

LUCIEN

Le conte est fort joli, mon père; mais autres temps, autres mœurs.

LE MARQUIS

I n’y a pas d’autres temps, il n’y à pas d’autres mœurs, monsieur mon fils, surtout pour les gens de notre race. Fais ce que dois, advienne que pourra, voilà de quoi traverser tous les temps et faire face à toutes les mœurs. Depuis que je vous écoute ici, je ne vous entends parler que des représailles de ma bru dont tout le monde doute et vous ne dites rien de votre faute à vous, dont

nous sommes tous sûrs. IL serait bon d’en parler cepen-

dant. $i vous vous étiez conduit comme vous auriez dû, nous n'en serions pas à convoquer un congrès comme à Vienne, à cette fin de discuter sur le to be or not to be de votre honneur. Quand un gentilhomme a fait serment devant Dieu à une honnête fille, choisie parmi ceux de son rang,comme est votre femme, son égale en naissance et en fortune, n'ayant fait en l’épousant ni commerce d'argent, ni calcul de vanité, quand un gentilhomme a fait serment à cette honnête fille de lui donner protection et de lui garder fidélité, il n’y a pas de promesse de souper;à la Maison d'Or, si sacrée qu'elle soit, qui le relève de ce serment. Vous n'êtes pas de cet avis, je le regrette pour vous et même pour moi qui puis être soupconné, étant votre père, de vous avoir donné ces mauvais exemples, ce qui n'est pas. La jeune fille que l’on vous a confiée et qui ne savait rien de la vie, vous la pouviez pétrir à votre guise. 11 vous a convenu de lui raconter vos anciennes fredaines, de lui nommer vos anciennes maîtresses, de la mener dans tous les cabarets et lieux de plaisirs mal famés et malsains où elle pouvait se trouver en contact et en lutte avec des créatures dont elle ne devait même pas soupconner l'existence! soit; mais alors ne vous étonnez pas que le jour où elle apprend votre perfidie et où elle

veut vous la faire payer, ce soit uneidée de dame galante qui lui traverse l’esprit. J'espère, je suis convaincu, je suis. certain que ce que madame de Riverolles vous a dit est faux et qu’elle veut tout simplement vous donner bonne et rude lecon; mais si cela est vrai, vous n’avez que ce que vous méritez, comme le sire de Pontamafrel, et il ne vous reste plus qu’à faire comme lui. Allez-vous-en acheter pour vingt-cinq mille francs de dentelles avec madame Smith, afin de ne pas être trop volé par le marchand, et déposez-les aux pieds de votre femme en lui disant : «Je ne crois pas un mot de votre histoire et voici, madame, de quoi faire la robe de baptème de notre prochain enfant », et que dans dix mois au plus, nous mangions tous des dragées. Est-ce votre avis, madame? est-ce votre avis, messieurs ?

THÉRÈSE

Cest parler d’or, monsieur le marquis.

HENRI

Approuvé à l’unanimité, n'est-ce pas Stanislas?

STANISLAS

Ça ne se demande même pas.

Grand merci, messieurs, je ne dirais peut-être pasnon, s'il n°y avait dans le monde que des gens d'esprit pour faire l’opinion, mais il y a trop d’imbéciles.

LE MARQUIS, haussant les épaules.

C’est vrai, et il y en a même presque toujours un de plus qu'on ne croit.

Lucien sonne.

LE MARQUIS

Qu'est-ce que tu sonnes encore?

De

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