‹ Théatre complet (volume 2)Chapitre 176 sur 208 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

qu’elle n’a rien fait de ce qu’elle avance, ou il y aura rupture complète entre elle et moi, et cela immédiatement. Je viens de téléphoner à mon notaire de venir me parler, et, si je vous ai prié de vous rendre tout de suite ici, mon père, c'était d’abord pour vous informer de ce quise passe, et maintenant pour vous prier d’agcompagner la comtesse à Nice et de la remettre entre les mains de ses parents, à qui elle a écrit du reste qu’elle comptait aller les rejoindre. Après tout, puisqu'elle veut y aller, qu'elle y aille!

LE MARQUIS

Soit! Mais qu'est-ce que ton notaire a à voir làdedans?

LUCIEN

Je veux qu'il établisse bien exactement l’état respectif de nos deux fortunes. Je ne compte naturellement rien garder de ce qui appartient à madame de Riverolles, dont la fortune d’ailleurs est égale à la mienne. Séparation de biens d’abord, séparation de corps ensuite, et tout cela le plus tôt possible.

LE MARQUIS

Où ai-je lu ur : histoire dans le genre de la tienne ? Ah! c’est dans la vie des dames galantes de Brantôme. Le sire de Pontamafrel, marié à une belle et honneste dame, crut devoir comme toi, tandis qu’elle faisait noblement fonction naturelle et respectable de nourrice, se donner passe-temps joyeux avec une de ses suivantes. La dame en eut connaissance, ne souffla mot et mena l’allaitement jusqu’au terme profitable à son rejeton, très friand du sein maternel; après quoi elle donna assignation, comme on disait alors, à l’écuyer de son époux, et vint, sur l'heure, avertir son seigneur — et traître, — c’est l’expression de Brantôme, de ce qu’elle avait fait, ajoutant : « Monsieur, nous voilà quittes! »

LUCIEN

Et que fit le seigneur de Pontamafrel?

LE MARQUIS

Brantôme assure qu'ayant oui le récit de sa femme, i s’écria piteusement : « Je n’ai que ce qae je mérite, ayan donné à Agar la place de Sara, sans avoir les bonnes raisons d'Abraham. » Il demanda au roi, qui lui devait récompense pour quelques beaux faits d'armes, d’anoblit son écuyer, afin qu’un vilain n’eût pas bu dans son verre, puis il arma pour le nouvel anobli une compagnie de cinquante hommes et l’envo Ya Suerroyer contre les Turcs, dans l’un desquels combats le jeune chevalier reçut en plein giron, trois grands coups de lance dont il mourut chrétiennement ainsi que devait faire un homme ayant obtenu si grandes faveurs d’une dame et d’un roi.

LUCIEN

Et ensuite ?

LE MARQUIS

Ensuite le seigneur de Pontamafrel attendit le temps Congru pour être sûr que bâtard d'écuyer ne se glisserail pas par représailles même légitimes de femme dans la première noblesse de France et qu’il n’y aurait pas à biffer d’une barre les besans d’or de son champ d’azur. Puis, le temps révolu, il offrit un riche présent à sa femme et lui demanda pardon à genoux de linjure qu’il lui avait faite, et, pour mettre fin à tout malentendu de cette sorte, il la rendit mère de trois enfants qu’elle nourrit comme elle avait fait du premier, sans que le sire de Ponta: mafrel se livrât jamais plus aux ébats irréguliers et clandestins. Ce furent deux Sarçons qui devinrent de vaillants capitaines et une fille qui fut abbesse et mourut en telle odeur de sainteté qu'il ne resta plus trace dans la mémoire de Dieu du manquement que l'épouse avait fait à l’un des premiers commandements.

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