ACTE TROISIÈME
derai s’il n’y a pas moyen de faire annuler mon mariage. Ils ont des moyens à Rome. Autant que Francine et moi nous redevenions libres. Au fond, je crois que je n’étais pas fait pour, le mariage. Une fois en règle avec l’Église, si Francine veut divorcer, nous divorcerons. Les gens comme il faut commencent à s’y mettre. Tu ne trouves pas l’histoire des plus comiques?
STANISLAS
Quelle histoire ? la tienne ?
LUCIEN
Non, celle de Rosalie.
STANISLAS
Toutce qu’il y a de plus comique. Toi aussi, tu es comique ; moi aussi, je suis comique ! Nous sommes tous comiques. Mais le diable m’emporte si je sais comment ça finira d’être aussi comique que nous le sommes! Tu me disais tout à l’heure : « Mets-toi à ma place. » Eh bien, je m'y mets. Si j'étais à ta place, je partirais pour Rome, puisque tu as envie d’y aller, et par le même train que ta femme, qui part justement pour Nice et qui, avant d'arriver à Bercy, trouverait bien le moyen de te prouver qu’il n’y a rien de vrai dans l’histoire de cette nuit. Si elle la maïintenaïit, si ce qu’elle L’a raconté était vrai, je continuerais tout de même mon chemin, toujours en sa compagnie. Si tu ne veux pas suivre mon conseil, tire à pile ou face ce que tu dois faire; tu auras au moins une chance sur deux de prendre le bon parti. Quand nous ne savons plus nous conduire, demandons au hasard de nous mener. Pour moi, je ne suis plus bien sûr, depuis quelque temps, que la terre ne tourne pas à l’envers et que nous n’avons pas tous les pieds en l’air et la tête en bas. IL y a des moments, quand je reviens du cercle, la nuit surtout, où je me demande d’abord pourquoi j'y suis allé, et ensuite pourquoi j’en reviens, pourquoi au
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lieu de rentrer chez moi, dans ma peluche bleue et mes faux objets d’art, je ne vais pas jusqu'au pont faire un plongeon &ans la Seine. C’est là que j'aurais la tête en bas et les pieds en l'air; mais au moins ce serait pour la dernière fois. Cela vaudrait toujours mieux que d’épouser comme toi une honnête fille, pour la trahir etl’amener au désespoir ou à l’avilissement, ou de ne pas avoir d'autre idéal dans la vie comme Carillac que d'apporter à une coquine, sur un plat d’or, sa fortune, son honneur et son nom. Peut-être faut-il l’envier? IL croit encore à quelque chose. Il croit qu’elle se repent et il croit qu’il aime. Peut-être finirai-je plus mal que lui. Rions donc, mon vieux. Hélas! nous ne pourrons bientôt plus rire, et nous ne saurons pas pleurer. Triste! triste !.… (Voyant Annette et le marquis entrer dans la serre en causant.) Tiens, voilà ta sœur; voilà la jeunesse ; voilà le printemps; voilà la vérité !
Pourquoi n’as-tu jamais eu l’idée d’épouser Annette ?
STANISLAS
Parce qu’elle n’aurait jamais eu l’idée de m’épouser, elle, et qu’elle aurait eu bien raison de ne pas avoir cette idée. Sais-tu de quoi elle cause avec ton père?
LUCIEN
Comment veux-tu que je le sache ?
STANISLAS
Ne le lui demande pas, elle ne t’en dirait rien. Décidément, tu n’es pas un grand observateur. Embrassela, ça apprendra peut-être quelque chose.
Stauislas va à Annette qui vient au-devant de lui,
LUCIEN, l'embrassant.
Tu vas bien, petite sœur ?