‹ Théatre complet (volume 2)Chapitre 186 sur 208 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

LUCIEN

Es-tu sérieux, oui ou non?

STANISLAS, sérieux.

Très sérieux!

LUCIEN

Il est évident que si j'avais pu prévoir ce qui est arrivé, mais, outre que je ne voulais pas me mettre à céder à tous les caprices de Francine, j'avais absolument promis à Rosalie. Elle voulait me consulter.

STANISLAS

Tu es de si bon conseil! Sur quoi?

LUCIEN

C’est tout ce qu’il y a de plus cocasse.

STANISLAS

Sinousentrons dans le cocasse, restons-y, hein ! veux-tu?

Tu me promets de garder pour toi ce que je vais te dire et de n’en pas parler au club ?

STANISLAS

Je te le promets, un secret de Rosalie! ça se garde,

c’est rare.

LUCIEN

Elle va se marier.

STANISLAS" indifférent.

Ah!

LUCIEN

Ça t’étonne ?

STANISLAS

Non. Rien ne m'étonne. Et qui épouse-t-elle?

LUCIEN

Devine…

STANISLAS

Je le connais ?

LUCIEN

Parfaitement.

STANISLAS

J'ai de jolies connaissances. Va, va, je ne cherche pas.

Carillac.

STANISLAS

Il aimait trop la camomille; ça devait mal finir. Et: comment ca s'est-il déclaré?

LUCIEN

Il en est fou, mon cher, il en est fou!

STANISLAS

Ce n’est pas une raison pour l’épouser. Nous en avons tous été fous.

LUCIEN

Elle lui résistait.

STANISLAS

Drôle de fille! Par amour pour toi?

LUCIEN

Je ne crois pas.

STANISLAS

Une idée alors ! Une anomalie! un instinct: Elle flairait le mariage! Alors elle t'a demandé ton avis?

LUCIEN

Naturellement.

STANISLAS

C'est gentil, ça. Carillac aurait dû te le demander aussi, de son côté.

LUCIEN

Elle m’a montré ses lettres ; nous avons passé presque tout notre souper à les lire.

STANISLAS

Presque. Ça devait te monter la tête de penser que tu soupais avec une fiancée, heureux coquin ?.. Et elle te faisait venir à l'Opéra et à la Maison d'Or pour te lire les lettres de Carillac ! Elle ne pouvait pas te les lire chez elle?

LUCIEN

Elle ne reçoit plus un homme, mon cher, depuis six semaines ! Pas même moi!

STA NISLAS.

Elle est en retraite ?

| LUCIEN

Elle n’admet que lui et pas plus tard que onze heures! Mais elle tenait à me consulter. Elle a quatre-vingt bonnes mille livres de rentes.

STANISLAS

Sans compter tes diamants. Crois-tu qu’elle les re-

prendra à sa mère?

LUCIEN

Alors, elle voulait savoir si Carillac…

STANISLAS

Était aussi riche qu’elle?

LUCIEN

D'abord, et s’il est honorable.

STANISLAS

C’est elles maintenant qui prennent des renseignements sur nous pour voir sielles doivent nous épouser. Parfait ! Et tu lui as garanti la fortune et l’honorabilité de Carillac.

LUCIEN

Je lui ai promis de la renseigner. Nous avons le même

notaire, Carillac et moi.

STANISLAS

En causant avec M° Gandonnot de tes affaires à toi, tu pourras t’occuper de ses affaires à elle. Tu ferais même mieux de ne t’occuper que de ses affaires à elle. LUCIEN. :

Mais tu comprends pourquoi je n’ai pas convoqué Carillac, ce matin.

STANISLAS

Parfaitement. Et à quand le mariage ?

LUCIEN

Après les délais pour les sommations. La mère de Carillac refuse son consentement.

STANISLAS

Je te crois. Tu es témoin ?

LUCIEN

Es-tu fou ? Mais elle a eu l’aplomb de me le demander. Je lui ai dit que je partais. C’était un prétexte qui est devenu une réalité.

| STANISLAS

Tu pars ?

Qu'est-ce que tu veux que je fasse à Paris, maintenant ? STANISLAS.

Et où vas-tu ?

LUCIEN

À Rome. Croirais-tu que je n’ai jamais vu Rome? STANISLAS.

C'est curieux; moi non plus, du reste.

LUCIEN

J'y vais surtout pour voir le cardinal Hortilio. C’est lui qui m'a fait faire ma première communion. Je lui deman-

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