ACTE PREMIER
lement, vous ayez à répondre, puisque vous êtes marié sous le régime de la séparation de biens.
Jai autorisé ma femme à faire des dettes, ces dettes sont done miennes. Or, comme elle n’a pas d'argent, c’est à moi de payer. Mon actif?
RICHARD
Il y a cet hôtel où nous sommes, qui vaut huit cent mille francs quand on n’a pas besoin de Le vendre, qui en vaut de cinq cent cinquante à cinq cent quatre-vingt mille, le jour où l’on est forcé de s’en défaire; il est hypothéqué pour quatre cent cinquante mille francs. il y a les chevaux, les meubles, les dentelles, les bijoux...
JEAN
Très peu de bijoux. Depuis un an, Lionnette a vendu tout ce qu’elle avait de bijoux avec cette insouciance, cette gaieté, cette crânerie, qui sont le fond de son caractère et que vous connaissez.
RICHARD
Eh bien! quand vous aurez vendu tout ce que vous pourrez vendre, il vous restera environ quatre cent mille francs.
JEAN
De capital?
RICHARD
De dettes.
JEAN
Et mon majorat!
RICHARD
Dix mille livres de rentes, incessibles et insaisissables,
heureusement.
JEAN
Impossible d’en réaliser le capital?
RICHARD
Impossible. — Votre oncle avait prévu ce qui arrive,
et en présence de vos habitudes et des volontés de votre mère, il a voulu, lui, que vous eussiez toujours un morceau de pain. Reste votre sœur.
JEAN, avec le ton du doute.
Oui, ma sœur !
RICHARD
* Quand vous vous êtes marié, vous savez dans quelles conditions, il y a sept ans, vous n’aviez plus que ce qui vous restait de la fortune de votre père, huit ou neuf cent mille francs environ. Vous avez fait des sommations légales à votre mère pour épouser Lionnette, — j'appelle votre femme Lionnette tout court parce que je l’ai vu naître, — et votre mère, même à l’heure de sa mort, ne vous a pas pardonné. Elle a avantagé votre sœur et, sur les six millions qu’elle avait, elle ne vous en a laissé que deux, dont la moitié a passé à payer les dettes que vous aviez déjà alors. Votre mère était une femme de tête.
JEAN
Oui, mais elle aurait dû comprendre …
Ge n’est pas facile de comprendre et d’excuser ce qui nous blesse dans nos sentiments les plus chers et dans nos traditions les plus sacrées. Madame la comtesse de Hun, votre mère, ne voulait pas pour vous du mariage que vous avez fait. Elle vous savait homme de première impression, incapable de résister à votre premier mouvement. Ces dispositions-là sont dangereuses, non seulement pour celui qui les a, mais pour ceux qui l'entourent. Monâge m’autorise à vousparler ainsi. Madame votre mère a donc fait ce que toute mère prudente, sensée, aimant son fils, aurait fait à sa place. Vous avez, malgré tout,