‹ Théâtre completChapitre 107 sur 149 · SCÈNE V LA BARONNE, LE MARQUIS · texte numérisé non relu

SCÈNE V LA BARONNE, LE MARQUIS

LE MARQUIS

Nous voilà seuls, madame la baronne, j'écoute.

LA BARONNE

Le roi ne vous a rien dit de particulier en vous chargeant de ce message, monsieur ?

LE MARQUIS

Rien autre chose qu'un souhait d'heureux voyage...

LA BARONNE

Et vous ignorez ce que contient la dépêche que vous venez de me remettre ?

LE MARQUIS

Complètement!... seulement, j'ai dû penser qu'elle était relative au mariage de mademoiselle d'Hacqueville...

LA BARONNE

Oui... c'est, en effet, de son mariage qu'il est question.

LE MARQUIS

Le roi n'aurait-il point répondu selon vos souhaits, madame.'

Pas précisément... Mais, mon intention ayant toujours été de subordonner mes désirs, sur ce point, à ceux de Sa Majesté, celte lettre, quelque ordre qu'elle oontienne, ne peut que m'étre agréable... Vous êtes en grande faveur, monsieur le marquis !

LE MARQUIS

Mes ennemis le disent... il fout bien que cela soit!

LA BARONNE

Le roi me l'écrit !

LE MARQUIS

Sa Majesté est trop bonne...

LA BARONNE

Il ajoute que cette faveur repose sur votre grand mérite.

LE MARQUIS

Dites sur sa grande indulgence, madame.

LA BARONNE

Il ajoute encore que vous portez un beau nom.

LE MARQUIS

Mes ancêtres l'ont fait ce qu'ilest... Cen'estdonc pas à moi de m'en vanter.

LA BARONNE

Mais que votre fortune est fort dérangée...

LE MARQUIS

Ah! ceci, c'est autre chose, et mes ancêtres n'y sont pour rien... C'est de ma façon I...

Au reste, Sa Majesté annonce qu'elle se charge de payer vos dettes.

LE MARQUIS

Vraiment? Ce sera d'autant plus galant de sa part que la chose lui arrivera pour la quatrième fois... et que je craignais, sur ma parole, qu'elle ne commençât à se lasser.

LA BARONNE

Il paraît que non, comme vous voyez...

LE MARQUIS

Le roi est un grand roi ! voilà tout ce que je puis dire... Mais, sans indiscrétion, madame, est-ce que je pourrais vous demander comment, dans une lettre relative au mariage de mademoiselle d'Hacqueville, il se fait qu'il soit si fort question de votre serviteur?

LOUISE BERNAHD 13

LA BARONNE

Comment! à mes questions, vous ne devinez pas?

LE MAIIQUIS.

Non, je vous jure...

LA BARONNE, lui tendant la lettre.

Lisez alors.

LB MARQUIS, lisant.

« Ma chère baronne... » (Sarrêtant.) Vous parliez de ma faveur, madame ; c'est moi qui vous demanderai de me protéger...

Continuez, monsieur.

LE MARQCIS, lisant.

« Je vous ai dit que, mademoiselle d'Hacqueville étant la la fille d'un mestre de camp de nos armées, mort à notre service, c'était à nous de la pourvoir... Nous avons donc, en vcrlu de l'engagement pris de notre part, songé à son établissement, et nous avons trouvé que le parti le plus convenable pour elle était notre fidèle serviteur le marquis Maximilieii de Lancy, que, dans plusieurs missions importantes, nous avons déjà honoré de notre confiance... Il porte un nom qui peut dignement s'allier au vôtre. Et, quant à sa fortune, qui pourrait ne pas vous paraître suffisante, comme c'est à notre service qu'elle s'est dérangée, ce sera notre affaire que de la rétablir. Si mon protégé vous paraît mériter le sacrifice de vos premiers projets, partez immédiatement pour Marly, où je dé-ire que le mariage se fasse, afin (jue je puisse signer au contrat et présenter moi-même mon cadeau de noce à la belle

fiancée.

» Votre affectionné

» Louis.

» Je vous invite à descendre directement à Marly, oii uu pavillon sera préparé pour vous recevoir. »

LA BARONNE

Eh bien, monsieur, que dites-vous de cette lettre?

LE MARQUIS

Je dis, madame la baronne, que je suis confondu, tani j'étais loin de m'attendre à ce que les faibles services que j'ai eu le bonheur de rendre à Sa Majesté eussent mérité une si grande récompense.

Lk BARONNE.

Ainsi, vous êtes disposé à obéir aux ordres du roi?

LE MARQUIS

Avec reconnaissance, madame... Mais tout le monde ici n'aura pas le même respect que moi pour les désirs de Sa Majesté...

LA BARONNB.

Je vous entends^ monsieur, et cela me regarde. Mademoiselle d'Hacqueville a été élevée dans la stricte observation de ses devoirs ; elle sait ce qu'elle doit de respect à la volonté de sa mère et de soumission aux ordres du roi. Ne craignez donc rien de ce côté.

LE MARQUIS

Cependant, madame la baronne, si ce mariage devait par trop contraindre les sentiments de mademoiselle d'Hacqueville...

LA BARONNE

J'apprécie cette délicatesse, monsieur ; mais nous sommes avant tout, je crois, fidèles sujets de Sa Majesté... et, quand Sa Majesté a manifesté un désir, c'est à nous de nous y soumettre.

LE MARQUIS

Quant à moi, madame la baronne, vous comprenez que l'obéissance me sera facile.

LA BARONNE

Nous avions invité pour aujourd'hui nos voisins de campagne à Une chasse à courre... Nous sommes déjà d'une heure en retard, et les convenances veulent q.ue nous y paraissions, mademoiselle d'Hacqueville et moi... Quant à vous, monsieur le marquis, vous devez être beaucoup trop fatigué...

LE MARQUIS

Moi?... Point du tout, je vous jure... Le roi m'a habitué à cela- depuis qu'il m'a fait l'honneur de me choisir pour son courrier extraordinaire, je n'ai pas cessé d'être en route vers un des quatre coins du monde; mon équipage en est une preuve. Je descendais de cheval, lorsque Sa Majesté me jeta en voiture sans me donner le lemps de me reconnaître. Je suis donc à vos ordres, madame la baronne... et cela, quand vous voudrez.

LA BARONNE

Nous ferons une simple apparition; puis nous revieu-

drons au château... En attendant, regardez-vous ici comme cl»ez vous, et, si vous avez besoin de quelque chose que ce soit, appelez.

r.E MARQUIS.

Mille grâces, madame!

(La Baronne srt.)

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