SCÈNE IV Les MÊMES, LE MARQUIS DE LANCY
LE MARQUIS, s'arrêtant à la porte.
Mon cher chevalier, quoique je représente à cette heure Sa Majesté Très-Chrélienne, à tout seigneur tout honneur. Faites-moi donc la grâce, je vous prie, de me présenter à madame la baronne d'Hacqueville.
HENRI
Volontiers, mon cher maniuis. (Prenant la main du Marquis et le conduisant à la Baronne.) Ma tante, M. le marquis de Laucy... LE MARQUIS.
Madame la baronne, croyez que je suis heureux et fier qu'un message du roi me mette à même de vous offrir l'hommage de mes sentiments les plus respectueux.
HENRI, mémo joa.
Ma belle cousine !
LE MARQl'IS.
Mademoiselle, je sais, par mon ami de Verneuil, quels engagements vous lient depuis longtemps à lui. Aussi, vous le voyez, je n'ai voulu m'approcher de vous que sous son patronage.
HERMINIE, saluant.
Monsieur le marquis !...
LA BARONNE
Et vous arrivez de Fontainebleau, monsieur?
LE MARQUIS
Directement, madame, et sans m'arrèter... excepté pourtant dans les ornières... Vos chemins de traverse sont d'un affreux!...
LA BARONNE
Et qu'y a-t-il de nouveau à la cour?...
LE MARQUIS
Oh! des choses inouïes, extraordinaires, miraculeuses !...
LA BARONNE, inquiète.
Mais le roi se porte bien ?
LE MARQUIS
Aussi bien que peut se porter un roi amoureux depuis plu» de trois mois, ma foi, sans être payé de retour...
LA BARONNE
Oh! mon Dieu !... et qu'elle est l'ingrate.!*...
LE MARQUIS
Madame de la Tournelle, qui refuse d'être duchesse de Châtcauroux... et qui, depuis trois mois, fait une résistance... scandaleuse!.,.
LA IIARONNE.
Vraiment ?... Ce n'est point une tradition de famille cep^a dantl...
LE MARQUIS
Que voulez-vous ! c'est au point que le duc de Richelieu^ lui-même, en a la tète à l'envers... et qu'après avoir essayé de tous les moyens de distraire le roi, il a fini par n'en pas trouver de plus ingénieux que de lui conseiller de s'adresser ailleurs.
LA BARONNE
Ah ! que voilà Lieu un conseil comme les donne M. de Richelieu !
HENRI
Mon cher marquis, toutes ces nouvelles sont des plus intéressantes... Mais vous oubliez qu'il en est une...
LE MARQUIS
Qui vous touche plus directement, u'est-ce pas?
UENRI.
Je l'avoue...
LE MARQUIS
Et je comprends votre désir. (Tirant une lettre de sa poche.) Madame, voici la réponse à la lettre que vous avez écrite à Sa Majesté.
LA BARONNE
La hâte que j'ai de coniiaitre les ordres du roi est mon excuse... et vous permettez?...
LE MARQUIS
Comment !... (a Henri.) Mon cher chevalier, reçois tous mes compliments... Ta fiancée est charmante!... d'ailleurs, c'est l'avis du roi. (a iierminie.) Mademoiselle, croyez que c'est un grand bonheur pour moi que 4'avoir été choisi pour messager d'une nouvelle que vous attendiez sans doute avec impatience...
LA BARONNE, après avoir lu.
Oh ! mon Dieu !...
Quoi donc?
HERMINIE
Quiy a-tril ?.
HENRI
Cette lettre contient-elle un refus ?
HERMINIE
Le roi s'opposerait-il...?
LA BARONNE
Slonsieur le marquis, il faut que j'aie tretien particulier.
LE MARQUIS
A VOS ordres, madame...
LA 6AR0NN16
Laissez-nous seuls, mes enfants.
HENRI, vivement.
Mais un mot au moins.
UERMliyiE, de même.
Oh ! de grâce, ma mère !...
LA BARONNE
Vous saurez toui dans un instant... Du reste, mon cher Henri, vous n'ignorez pas combien je vous suis attachée... Quelque chose qui puisse arriver, j'aime à croire que votre amitié pour moi n'en restera pas moins inaltérable... Vous, ma fille, n'oubliez jamais ce que notre famille doit de respect et d'obéissance aux volontés du roi... Henri, faites dire à nos amis que l'on attaque toujours, et que nous rejoindrons la chasse... Vous, Ilerminie, rentrez dans votre appartement... Je vous ferai appeler quand je serai de retour dans le mien.
(Heori et Herœlnie sortent chacun d'un côté, en s'interrogeant tous deux da regard.)