SCÈNE VIII ANTOLNE, IIERMLNFE
IFERMINIE, da dehors.
Antoine!... Antoine!...
AINTOINE.
C'est elle! c'est sa voix !
HERMINIE
Antoine!... ouvre-moi!...
ANTOINE
Oui, oui... (n ouvre.) Entrez!...
HEUMINIE entre. Elle est envétoppéo d'nno ijanta. Regarde si je n'ai pas été suivie.
ANTOINE
Suivie!... et par qui?.
Regarde !
Personne.
Ah! je respire!...
HERMINIE
ANTOINE
HERMINIE
ANTOINE
Qu'y a-t-il donc?... Dites, mademoiselle!... "■
HERMINIE
Il y a... il y a, mon ami... que je suis bien malheuretise!
ANTOINE
Malheureuse, vous?... (a part.) Allons, il parait que je suis revenu à temps.
HERMINIE
Oh! oui, bien malheureuse.
ANTOINE
Eh bien, voyons, contez-moi cela...
HERMINIE
Oh! je t'ai déjà dit la cause... Ma mère veut absolument que j'épouse le marquis.
ANTOINE
Un vieux, un laid, un ruiné, peut-être?
HERMINIE
Mais non, Antoine... 11 est jeune, il est bien; et, s'il n'est pas riche, il a la faveur du roi, qui remplace la fortune.
Eh bien, alors, mademoiselle?...
HERMINIE
Eh bien, j'en aime un autre... j'aime mon cousin Henri de Veriieuil... Je l'aime... tu sais bien... je te l'ai dit... tu m'as même répondu en me donnant le conseil de voir ma mère. ANToraE.
Et vous l'avez vue?
HERMINIE
Oui, je l'ai vue, priée, suppliée... je me suis jetée ses genoux... Ma mère, qui m'aime tant, comprends-tu?. , eh bien, elle a été inflexible... Alors, je me suis décidée... ANTOINE, avec crainte.
A quoi?
HERMINIB.
Eh bien, je me suis décidée à m'abandonner à la loyauté de mon cousin... et dans un instant...
ANTOINE
Eh bien?
HERMINIB.
U va être ici.
ANTOINE
Ici?... Pardon, mademoiselle... pardon,excuse,si j'ose vous parler ainsi... mais c'est par intérêt... mais c'est qu'il me semble que vous faites mal en agissant ainsi.
Mais, Antoine... mais je suis le conseil que tu m'as donné toi-même.
ANTOINE
Eh ! oui, je le sais bien.
HERMINIB.
Ne m'as-tu pas dit ici...?
ANTOINE
Oui, oui, je l'ai dit... Mais j'ai eu tort... cent fois tort!... Et, depuis que vous êtes partie,... eh bien, j'ai réfléchi que c'était impossible.
HERMINIB.
Comment, impossible?...
ANTOINE
Oui, impossible... Les enfants, voyez-vous, ça doit obéir aux parents!... nos pères et nos mères savent mieux que nous ce qui nous convient. D'ailleurs, s'ils nous forcent, ils en ont la responsabilité devant Dieu !
HERMINIE
Mais le malheur!... en attendant, le malheur est pour nous!...
ANTOINE
Et croyez-vous que vous serez bien heureuse quand vous aurez désobéi à votre mère ; quand vous vous serez sauvée, la nuit, du château; quand vous saurez que la baronne pleure, gémit, et vous maudit peut-être?...
HERMINIE
Mais, lu me l'as dit, les mères pardonnent toujours !
ANTOINE
Oui; mais il y en a qui ne pardonnent pas, qui meurent sans pardonner... Et si votre mère était de celles-là ?
HERMINIE
D'où te vient ce changement? d'oii te viennent ces réflexions?...
ANTOINE
D'où elles me viennent, mademoiselle? En regardamt le berceau de ma petite sœur, j'ai pensé à Louise et puis à vous...' Je me suis demandé si j'aurais donné à Louise le conseil <ipie je venais de donner à mademoiselle Herminie... et je me suis' répondu : « Non, Antoine, non ; toi, son frère, non, tu ne lui aurais pas donne ce conseil-là I... au contraire, tu lui aurais dit: « Louise, ma sœur, ma pauvre enfant, songe qu'il vaut » mieux être malheureuse sans avoir rien à se reprocher » qu'heureuse avec un remords au fond du cœur... D'ailleurs, » on n'est pas heureuse avec un remords... » Puis je lui aurais dit: « Louise, ma chère Louise, vois-tu, au nom de notre » père qui est mort... au nom de notre mère, au nom de tout » ce que tu as de sacré... ne fois pas une pareille chose!... » Encore Louise... Louise... elle avait un frère, un frère qui aurait pu la défendre, la soutenir, la venger, si on la trompait... dans les bras de qui elle pouvait venir pleurer sa faute et chercher une consolation à sa douleur ; mais vous, mademoiselle, songez-y, vous êtes seule, vous n'avez personne à qui conter vos chagrins, car vous ne voudriez pas d'un pauvre diable comme moi pour consolateur... Ainsi vous!,., vous!... vous seriez perdue tout à fait... entièrement perdue!...
HERMINIE
Oh! oui... oui... je sais... Crois-tu que je ne me sois pas dit et redit toutcela ?... Mais lui... lui àqui fai promis... lui qui m'attend... lui qui va venir...
ANTOINE, consterne.
Il va venir?...
■ERMINIE.
Oui... Ce matin, je lui ai donné rendez- voris ici... et, ce soir, comme il me l'avait dit, j'ai laissé tomber le bouquet...
ANTOINE
Il va venir! vous enlever, vous, âmes yeux?... et vous croyez que je le souffrirai ?
(Il va fermer la port* et en prend la clef.) HEKMl.NIE, Antoine, je conçois que, vis-à-vis de Louise, dont vons me parliez tout à l'heure, vous ayez le droit d'agir ainsi... mais... mais, vis-à-vis de moi...
ANTOINE
Aussi, vis-à-vis de vous, je ne fais que prier, qu'implorer... Tenez, la voilà, la clef de cette porte... Mais, voyez, mademoiselle, voyez, je suis à genoux devant vous, pour vous supplier de ne. pas l'ouvrir... Oh ! si je pouvais vous dire tout ce que j'ai dans le cœur... oh ! je suis bien sûr que vous n'insisteriez plus... Eh! tenez, vous-même, vous-même, en ce moment, écoutez ce que vous dit votre conscience; écwitez la voix de votre mère, qui crie du fond du désespoir où vous allez la jeter... Et dites... dites si ces deux voix ne vous répètent pas les mêmes paroles que vous dit en ce moment le pauvre Antoine Bernard.'
nERMTME.
Bernard... mon ami!.., 0 mou Dieu î mon Dieu 1 que faire?...
ANTOINE
Le devoir... le devoir d'abord, mademoiselle... Puis, après, viendra le bonheur, ou le malheTir, peu importe; car vous aurez fait ce que vous aurez dû.
HETIMINIE.
Mais que veux-tu que je lui dise ?
ANTOINE
Rien... Il ne faut pas le voir... il faut revenir au château... il faut ne pas quitter votre mère... il faut vous remettre sous Ja protection de Dieu... et laisser tout conduire à sa sagesse!
HERMINIE
Antoine, c'est mon malheur éternel.
ANTOINE, voulant l'entraîner.
Qu'il retombe sur moi, alors!... Mais venez, venez!... (On frappe au fond, au dehors.) HEi;HiNiE.
On frappe!... c'est lui !
ANTOINE
Partons!,., partons!...
HENRI, da dehors.
Herminie!... Herminie!...
RERMINIE.
Henri!.,. Henri!... pardonne-moi!...
ANTOINE, l'entraînant par la petite porte de ooiSi S; uvée, père! sauvée !...