SCÈNE IV LA BARONNE, ANTOINE
ANTOINE
Je vous demande bien pardon, madame la baronne, d'avoir dit que vous me faisiez demander... Mais, avec ces gaillard»' là, il faut mentir un petit peu, ou, sans cela, on n'arrive i rien... Heureusement, je n'ai pas eu trop de peine. Dieu merci, et ça, grâce à ces outils que j'ai sous le bras... ce qu a donné un petit air de vérité à mon mensonge.
Comment ! te voilà à Marly, mon garçon ?
ANTOINE
Oh! mon Dieu, oui... Voyez un peu ce que c'est que le hasard : hier, après votre départ du château, je me disposais comme ça à acheter un établi, du bois, et à trouver des pratiques, quand je rencontre un camarade qui me propose de lui donner un coup de main pour une besogne pressée... et ça, juste à Marly! V'ià que tout à l'heure je me souviens que vous y êtes aussi, à Marly... qu'on va marier mademoiselle Herminie, la fille de mes bienfaiteurs; alors j'ai pensé que la prière d'un pauvre paysan montait au ciel comme la prière d'un gentilhomme, et ça m'a donné la hardiesse devenir vous dire : Madame la baronne, voulez- vous permettre à Antoine d'assister, dans un petit coin de l'église, à la cérémonie nuptiale, et de prier pour le bonheur de la fille de ses maîtres.'
LA BARONNE
Merci pour tes bons sentiments, mon ami. A l'église, tu peux y venir : c'est la maison du bon Dieu, elle est ouverte au pauvre comme au riche. Mais, ici, tu comprends, c'est la maison du roi !
ANTOINE
C'est juste!... une veste, c'esjt assez pour lebon Dieu... Mais, pour le roi, il faut un habit!... Alors, je m'en vas, madame la baronne, je m'en vas... je prierai de loin... Rien qu'un petit mot encore... Est-ce ici que vous logez les nouveaux époux?
LA BARONNE
Oui, mon ami. (Montrant le côté.) Voici la chambre de ma fille... Moi, j'habiterai là, au bout de l'avenue... au chalet... C'est là que tu me trouveras situ as besoin de moi... (En sortant.) Adieu, Bernard, et crois bien que j'apprécie ton attachement à tes anciens maîtres.