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SCÈNE VIII

ANTOINE, seul, assis par terre.

Pardon, excuse, si j'entre sans me faire annoncer... Personne?... Tant mieux!... Eh bien, en voilà une sévère!.,, si je sais où je suis, par exemple!... Le monsieur que j'ai suivi tout à l'heure me conduit... où?... Chez le roi!... non pas dans son antichambre, non pas dans son salon... mais dans sa chambre à coucher, sa vraie chambre à coucher. Puis, arrivé là, mon conducteur allume une lanterne, me fait entrer dans l'alcôve, lève une tapisserie, presse un bouton, pousse une petite porte, passe le premier, me dit de le suivre, referme la porte derrière lui, et nous voilà dans un couloir, où on ne voyait ni ciel ni terre. Nous faisons cinquante pas, et nous trouvons quatre marches... dont deux parfaitement détériorées... Le monsieur me montre le dégât, et je dis : « C'est bon! je comprends... Ce sont deux marches à refaire, n'est-ce pas? — Pas autre chose, mon ami... Voilà des planches, des clous, un marteau... Combien de temps te faut-il pour finir cette besogne ? — Dame, en travaillant bien, il me faut une heure! — Eh bien, mets-toi à l'ouvrage, et, dans une heure, on viendra te chercher... Adieu... » Et il s'en va par où il était venu... C'est bien! je me mets à la besogne, tout en me disant à part moi : « A quoi diable peut servir un couloir qui donne dans l'alcôve du roi?... C'est pas pour aller chez la reine : entre gens mariés, il n'y a pas besoin de tant de façons... Allons, Bernard, mon ami, que je me disais toujours, fais de ton mieux, et que le roi ne se casse pas le cou... » Et je rabotais, je rabotais royalement! si bien que je donne un grand coup de rabot dans la lanterne, que je la culbute, et

qu'en la culbutant, je l'étcins... Bon! me voilà sans lumière... plus moyeu de travailler... Alors, je me lève, je prends ma lanterne, je vas en trébuchant devant moi, me doutant bien que le corridor conduit quelque part... Je trouve une porte, je cherche, je tâtonne, je mets la main sur un bouton, je pousse de toutes mes forces, et vlan! je passe au travers... et me voilà... où?... (Riant.) Je n'en sais rien... No9...Maissi!... où devait aller le roi... J'arrive en courrier pour préparer les logements... Ne vous dérangez pas... C'est égal, il faut me sauver bien vite... attendu que ces quelques mots que l'on m'a dits sur la Bastille ne me flattent pas le moins du monde. (Regardant la cberainée.) Tiens! tiens!... voilà du feu... J'ai ma lanterne, un bout de papier dans ma poche... C'est l'affaire! (Il rallume sa lanterne, le théâtre s'éclaire.) Ah ! c'est donC ici que le roi compte entrer incognito!... (Riant et se frottant les mains.) Allons, allons, je comprends. (Regardant autOBr de lui et examinant.) Qu'est-ce que je vois? 11 me semble que je connais cet appartement... Oui, oui... c'est celui où je suis venu tantôt... c'est le boudoir... c'est le boudoir qui donne dans la chambre à coucher de mademoiselle Herminie d'Hacqueville... ou plutôt de Louise Bernard, de ma sœur.. Qu'est-ce que cela signifie, mon Dieu?... J'ai donc bien fait de venir, moi!... j'ai donc bien fait de les suivre!... mon père avait donc eu raison de me recommander de veiller sur sa fille!... Sois tranquille, père!... j'ai obéi, et je suis là!... La voici!... ohl c'est le ciel qui l'envoie! oui, le ciel !

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