SCÈNE II A^'T01NE, LA BARONNE
ANTOINE, de la porte.
Oui, c'est moi ; votre serviteur, madame la baronne.
Approche, mon ami, approche.
ANTOINE
Ah ! madame, avec quelle bouté vous me recevez !
LA BARONNE
Et pourquoi te recevrais-je mal?
ANTOINE
Dame, il m'avait semblé que vous deviez m'en vouloir.
LA BARONNE
Pourquoi cela? Tu as usé d'un droit naturel en réclamant îlerminie. Dieu m'a frappée par ta main, voilà tout. J'étais trop heureuse femme, j'étais trop orgueilleuse mère, j'ai cru que rien ne pourrait détruire un bonheur de dix-huit années, je me trompais. Seulement, dis-moi, si je n'avais pas voulu forcer la volonté d'Herminie, si je n'avais pas voulu exiger d'elle qu'elle épousât le marquis, si j'avais consenti àsoni»a* riage avec Henri de Verneuil, me l'aurais-tu laissée?
ANTOINE
Ah ! toujours, toujours, madame la baronne , Dieu m'en est témoin.
LA BAnONNE.
Et jamais elle n'aurait su qu'elle n'était pas ma fille, jamais elle n'aurait su que tu es son frère?
ANTOINB.
Jamais, madame la baronne, jamais; je me serais contenté de la voir de temps en temps, de toucher sa robe quand elle aurait passé près de moi, d'écouler sa voix quand elle eût bien voulu me parler; et mon bonheur eût été de la voir heureuse. Oh! mon Dieu! c'était tout ce qu'il me fallait.
LA BARONNE
Alors, tu vaux mieux que moi, Antoine, et Dieu a eu raison de me punir.
ANTOINE
Ainsi vous la regrettez beaucoup, cette chère enfant, madame la baronne?
LA BARONNE
11 demande à une mère si elle regrette sa fille! car c'était ma fille, vois-tu, l'enfant de mon cœur. Oh! c'est depuis que tu me l'as reprise que je sais combien elle était nécessaire à ma vie; mais, Antoine, une erreur de dix- huit années, c'est presque une réalité. Oh 1 je ne me consolerai jamais.
ANTOINE
£h bien, écoutez, madame la baronne.
LA BARONNE
Quoi ? Parle.
ANTOINE
Si je vous la rendais?
LA BARONNE
Toi me rendre mon Herminie, me rendre mon enfant? C'est impossible 1
ANTOINE
Écoutez: je suis homme, je suis habitué au mal, je sais ce que c'est que la douleur, et puis j'en avais pris mon parti déjà. Voyons, l'aimeriez-vous toujours ?
Oh! tu me le demandes! Plus qu'auparavant peut-être.
ANTOINE
Oublieriez-vou3 tout ce qui s'est passé?
LA BARONNE
Oui, excepté pour te bénir éternellement.
ANTOINE
La marieriez-vous à M. Henri de Verneuil, qu'elle aime, et qui est un brave et loyal garçon?
LA BARONNE
Elle serait entièrement libre de son choix, je te le jure.
ANTOINE
Eh bien, il est encore possible d'arranger tout cela.
LA BARONNE
Comment, mon Dieu ?
ANTOINE
On va vous le dire; mais silence, on vient.
UN VALET, annonçant.
M. le marquis de Lancy.