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SCÈNE III Les MÊMES, LE MARQUIS

LE MARQUIS, entrant.

Pardon, madame la baronne, si j'entre ainsi sans attendre votre permission; mais c'est pour affaire de la plus haute importance.

LA BARONNE

Ah ! mon Dieu, marquis, vous m'effrayez ! Qu'est-il donc arrivé ?

LE MARQUIS

Vous aviez cru, n'est-ce pas, que votre neveu le chevalier de Verneuil avait rejoint son bord ?

LA BARONNE

Sans doute; depuis quelques jours, je ne l'ai pas vu.

LE MARQUIS

Eh bien, baronne, il n'en est rien; il est resté je ne sais où, autour d'ici probablement; et cependant il avait reçu l'ordre de rejoindre.

LA BARONNE

Oh! le malheureux! il faut le trouver, il faut lui dire à quoi il s'expose.

LE MARQUIS

Il est trop tard; la frégate a levé l'ancre, le ministre do la

marine vient de me communiquer des dépêches de Brest, dépêches relatives au chevalier, et qui sont déjà arrivées depuis hier au soir.

LA BARONNE

Eh bien?

LE MARQUIS

Eh bien, les dépêches contiennent des nouvelles affreuses.

Oh! mon Dieu! et quelles sont donc ces nouvelles?

LE MARQUIS

Je puis parler devant cet homme?

LA BARONNE

Oui; vous le savez, c'est le frère de Louise.

LE MARQUIS

Vous connaissez, madame, la rigueur de nos lois militaires, surtout pour les marins?

LA BARONNE

Je n'ignore pas que ces lois sont terribles.

LE MARQUIS

Eh bien, on l'a inutilement appelé à son bord; son capitaine a pris sur lui de retarder le départ d'un jour; enfin, il lui a fallu faire son rapport au commissaire maritime; le commissaire maritime a assemblé le conseil, et le conseil...

LA BARONNE

Et le conseil?

LE MARQUIS

Le conseil l'a condamné à la peine de mort.

LA BARONNE

Grand Dieu !

ANTOINE

A la peine de mort ! pauvre sœur !

LE MARQUIS

Vous comprenez, à la nouvelle de cet événement, je suis accouru vers vous; un instant, j'ai hésité si je vous dirais tout; mais j'ai pensé que, comme il n'y avait plus maintenant d'autre recours à espérer que la grâce du roi, il fallait, pour que vous fissiez les démarches nécessaires, que vous fussiez prévenue; car il faut le sauver, comprenez-vous bien, madame? Je suis le neveu du ministre: M. Henri de Verneuil, après avoi-r été mou ami, a été mon rival, et, grand Dieu, j'ai

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honte d'y penser, mais on pourrait croire que j'ai voulu m« venger de lui.

LA BARONNE

Mais que faire?

LE MARQUIS

Arriver au roi, et cela le plus tôt possible,.. Les jugements militaires sont sans appel, et s'exécutent avec une rapidité effrayante.

LA BARONNE

Arriver au roi, dites-vous? Mais rien ne vous est plus facile, à vous, monsieur.

LE MARQUIS

Eh bien, voilà ce qui vous trompe ; a« contraire, je suis en pleine disgrâce ; une lettre que j'ai écrite... Ce serait trop Ion!? à vous dire. J'ai tout raconté à mon oncle. J'ai tant supplié, qu'il est venu ; il a voulu pénétrer chez le roi ; mais le roi était enfermé dans son appartement, et personne n'a pu lui parler.

Oh ! mon Dieu ! par quel moyen...?

LE MARQUIS

Écoutez; vous étiez très-liée avec la mère de mademoiselle de la Touruelle.

LA BARONNE

Oui, c'était mon amie intime.

LB MARQUIS

Le roi n'a rien à refuser à sa fille; il va' la faire duchesse. Elle demeure à Versailles. Montez en voiture à l'instant môme; moi, je cours chez le duc de Richelieu, qui a ses entrées chez le roi à toute heure et à tout instant; il faudrait un cas qu'on ne peut prévoir pour que la porte lui fût fermée.

LA BARONNE

J'y cours. Mais si, pendant ce temps, on arrête le malheureux Henri?

ANTOINE

On ne l'arrêtera pas, madame la baronne, car il est en lieu de sûreté. «

LA BARONNE

Et OÙ cela? •

ANTOIiNE.

Chez moi.

LA BÀnONNE.

Tu lui as donné l'hospitalité ?

ANTOI.\E.

Je crois hien, et de tout mon cœur.

LA BARO>-NE

Brave garçon ! Eh bien, mon ami, cours, veille sur lui ; qu'il redouble de précautions, et loi, redouble de surveillance.

ANTOINE

Oh! soyez tranquille, je ne le quitterai pas plus que mon ombre. Mais vous, de votre côté, vous tiendrez tout ce que vous avez promis, n'est-ce pas ?

LA BARONNE

Tout, tout, sois tranquille.

ANTOINE

J'y cours, (ii soit Tirement. Revenant.) Ah ! dites donc, madame la baronne : pour que je puisse rentrer, si j'avais besoin de vous revoir, donnez des ordres, hein ?

LA BARONNE

Oui, oui ; mais va.

ANTOINE

Dans cinq minutes, j'y suis.

{Il sort Tivemeat.)

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