‹ Théâtre completChapitre 144 sur 149 · SCÈNE VIII LOUISE, HENRI, l'Exempt · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII LOUISE, HENRI, l'Exempt

l'exempt.

Chevalier, j'ai votre parole que vous ne chercherez pas. à fuir?

IIENKl.

Foi de gentilhomme, monsieur.

l'exempt.

Vous êtes libre.

HENRI

Louise, Louise, vous ici î

LOUISE

Oui, Henri, oui, moi ; aussitôt votre arrestation, je suis accourue près de la baronne d'IIacquevillc.

HENUI.

Oh ! merci, merci, mon Dieu, qui me gardez ce bonheur !

LOUISE

Henri !

Viens, Louise, viens... Eh bien, ma bonne Louise, voiis savez qu'on m'a signifié mon jugement?

LOUISE

Votre jugement?

HENRI

Oui.

LOUISE

Eh bien ?

HENRI

Eh bien, comme je m'y attendais, je suis condamne à l'exil,

LOUISE

A l'exil ! Est-ce la vérité, Henri?

HENRI

Oui, sans doute, c'est la vérité ; oourquoi vous tromperais-je?

LOUISE

Mais alors cet homme mentait donc?

HENRI

Quel homme?

LOUISE

Celui fjui sort d'ici

Le valet de chambre du roi ?

LOUISE

Oui.

HENRI

Que vous avait-il dit ?

LOUISE

Oh! mon Dieu! pardonnez-lui! Il m'avait dit que vous étiez condamné à mort.

HENRI

Il aura été trompé par un faux bruit. Non, non, Louise, je vous le répète, l'exil seulement.

LOUISE

Un exil bien long ?

HENRI

Éternel; voilà pourquoi j'étais si heureux de vous retrouver ici; j'avais cru que je ne pourrais pas vous dire adieu.

LOUISE

Me dire adieu! et pourquoi me dire adieu?

HENRI

Dans un instant, je pars.

LOUISE

Eh bien, avez-vous donc oublié ce qui est convenu ?

LOUISE IJERNARD 285

Convenu ?

LOUISE

Oui, je pars avec vous, je vous accompagne.

HENRI

Je l'avais espéré comme toi, un instant, Louise; mais je me suis informé, c'est impossible.

LOUISE

Comment, impossible?

HENRI

Oui, il est défendu à qui que ce soit de me suivre.

LOUISE

Il est défendu à une femme de suivre son mari ! Et où est la loi qui défend cela ?

HENRI

Mais je te dis, Louise...

LOUISE

Et moi, je te dis que tu me trompes, Henri.

HENRI

0 mon Dieu! mon Dieu!

LOUISE

Je te dis, moi, que ce que cet homme m'avait annoncé est vrai, je te dis que tu es condamné non pas à l'exil, mais à la mort.

Grand Dieu !

LOUISE

Oh! n'essaye pas de nier, Henri; ce n'est pas toi qui refuserais de m'avoir pour compagne de ton exil, quand toi-même me demandais de te suivre, il n'y a pas deux heures.

HENRI

0 mon Dieu! mon Dieu!

LOUISE

Tu es condamné, n'est-ce pas, tu es condamné? Dis! Mais réponds donc! Tu comprends bien qu'il faut que je sache si tu es condamné.

HENRI

0 Louise, Louise, je n'aurais pas cru qu'il fût si difficile de mourir.

LOUISE

Aussi tu ne mourras pas.

nENRI.

Que veux- tu dire?

LOUISE

Je veux dire que la baronne a des amis, que le marquis est le neveu du ministre, que madame de la TournoUe est l'amie de madame d'Hacqueville; je veux dire enfin que je prierai tant Dieu, qu'il te fera grâce,

HENRI

Louise, ma Louise! quel cœur j'ai perdu, mon Dieu! Louise, pardonne-moi, j'étais venu avec l'intention de te tout cacher, de ?.p 'aâàser croire à l'exil seulement. Oh! c'est bien lâche, c'est bien misérable à moi, n'est-ce pas? de n'avoir pas su me taire; mais, quand je t'ai vue là, quand j'ai compris qu'il fallait te quitter pour toujours, que le moment fatal était venu, pardonne-moi, pardonne-moi, Louise, le courage m'a manqué et... et... tu le vois... je t'ai tout dit...

(Il tombe sur une chaise.)

LOUISE, se mettant à genoux devant lui. Henri ! Henri !

l'exempt.

Monsieur le chevalier, le quart d'heure qui vous était accordé est écoulé.

HENRI, se levant.

Me voilà, monsieur... Adieu! Louise, adieu!

LOUISE, toujours à genoux.

Adieu! Seigneur, donnez-moi la force.

HENRI

Oh! une dernière fois contre mou coeur. Adieu! adieu!

(Il sort précipitamment.)

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