‹ Théâtre completChapitre 17 sur 149 · ANI^À · texte numérisé non relu

ANI^À

Pas même à Jenuy !

SIR ARTHUR

, Bien, bien, chère Anna!

JENNY, les regardant et essayant une larme* 0 James! James !

ANNA

Et quand parlerez-vous à votre oncle ?

Sm ARTHUR.

Aujourd'iiui même ; il est chez lord Clarendon : or, quoique les principes de mon onele soiont tout différents des siens, comme lord Clarendon est tout-puissant, de temps en temps sir John Dumbar vient lui faire sa cour.

TOM RICK

Ah! à propos de sir John Dumbar, j'oubliais : il m'a dit, ce matin, de vous prévenir qu'il viendrait déjeuner ici à onze heures précises, et, comme il est midi un quart, je crois qu'il n'y a pas de temps à perdre.

JENWT.

Tom Rick, va chercher le déjeuner; moi, je vais m'occuper

\ de mettre le couvert.

SIR ARTHUR

Très-bien alors; quand mon oncle déjeune, c'est le bon moment pour le prendre; j'attendrai qu'il soit à table, je me présenterai devant lui.

Et moi?...

JENNY

Toi?... Toi, Anna, occupe-toi d'être heureuse,

ANNA

Heureuse!... Ah! j'ai bien peur...

JENNY

De quoi?...

ANNA

Que sir John Dumbar ne donne jamais son consentement au mariage de son neveu avec une pauvre petite paysanne.

TOM RICK

Alerte! alerte! voilà l'oncle!

HALIFAX tj3

SIR ÂRÏUUB.

Où cela?

TOM RTCK.

Au bout du chomin ; il descend l;i petite colline; dans cinq minutes, il sera ici.

5IR ARTHUR

Ne te montre pas.

ANWA.

Pourq?ioi ?

Mon oncle est un vert galant ; il n'aurait qu'à devenir amoureux de toi.

ANNA

Oh î il n'y a pas de danger, il a eu meilleur goût que son neveu.

SIR ARTHUR

Comment cela ?

ANNA

C'est à Jenny qu'il fait la cour.

SIR ARTHUR

Vraiment! qu'elle y prenne garde : pour arriver à ce qu'il désire, sir John est capable de tout.

TOxM RICK, qui a regardé à la porto. Il approche!... il approche, le vieux.!

JENNY

Éloignez-vuus ! Et toi, Tom, vite à la cave, et monte une bouteille du meilleur vin que nous ayons... à gauche en entrant.

TOM RICK

Soyez tranquille; je sais où il est, le meilleur vin que nous... que vous ayez.

SCÈiNE IV JENNY, puis SIR JOHN DUMBAR.

JENNY

Anna m'a dit de me défier de sir John Dumbar; que puisjc avoir à craindre? ne suis-je pas sur les terres et sous la protection de lord Clarendon, le ministre de Charles II,

l'homme le plus vertueux de l'Angleterre?... Et certes lord Clarendon ne permettrait pas...

SIR JOHN, embrassant Jenny.

Que je t'embrasse?... Eh bien, je t'embrasserai sans sa permission, voilà tout.

JENNY

Oh ! monsieur !

SIR JOHN

Eh bien, quoi! toujours sévère?... Qu'est-ce que c'est donc que ces principes-là, morbleu?... C'était bon du temps de l'usurpateur, quand les hommes chantaient vêpres toute la journée, et que les femmes portaient des robes de religieuse; maintenant qu'on ne chante plus vêpres que de deux à quatre heures, tout le reste du temps il faut bien chanter autre chose, et, du moment que les femmes montrent leur cou et leurs bras, c'est pour qu'on les embrasse, il me semble.

JENNY

Quand mon mari me dira ce que vous me dites là, je trouverai qu'il a parfaitement raison, monseigneur.

SIH JOHN.

Petite folle que tu es, de t'enterrer dans une mauvaise hôtellerie de village, quand je t'offre un hôtel dans le plus beau quartier de Londres; mais tu détestes donc la capitale, petite sauvage?

JENNY

Non, je serais enchantée de voir Londres, au contraire, et, si jamais je me marie et que mon mari veuille m'y conduire, je l'y suivrai avec le plus grand plaisir.

Et, en attendant, nous préférons les robes de toile aux robes de soie, les fleurs aux diamants; en attendant, nous trottons à pied quand nous pourrions nous faire traîner dans une belle voiture! Je croyais qu'il n'y avait plus que mon coquin de neveu qui fût puritain dans toute l'Angleterre... Hein ! nous mépris-ans donc les robes de soie?... nous méprisons donc les diamants?... nous méprisons donc les voitures?

JENNY

Au contraire, monseigneur, et, quand ce sera un mari qui m'offrira toutes ces belles choses, j'avoue que je les accepterai avec le plus grand plaisir.

HALIFAX 25

SIH JOHN.

Un mari! toujours un mari !... Ces petites filles n'ont que ce mot-là à la bouche... Vous croyez donc que c'est bien amusant, un mari?... Non, non; ce qu'il te faut, à toi, petite, c'est un amant riche, magni(i(iue, qui fasse de toi la femme la plus élégante de l'Angleterre, comme tu en es déjà la plus jolie. JENNY, se reculant, faisant la révérence, et loi montrant la table. Vous êtes servi, monseigneur.

(Elle sort.) SIR JOHN.

Où diable la vertu va-t-elle .se nicher !

(Il s'assied à la table.) TOM RICK, entrant.

Monseigneur, voilà du vin dont vous me direz des nouvelles; de plus, voilà une lettre qui a fait un petit j)eu de chemin : elle vient d'Ecosse, elle a été à Londres, elle est revenue de Londres ici; d'ici, elle a été au château ; ei.fin la voilà, le facteur vient de me la remettre; il est passé par un chemin tandis que vous veniez par l'autre ; il paraît qu'elle est très-pressée, monseigneur, (a part) A présent, allons prévenir M. Arthur; je crois que c'est le bon moment.

SIK JOHN.

L'écriture de Dudley... Comme elle est tremblée ! Qu'est-ce que cela signifie? Voyons!... a Mon cher Dumbar, dans un duel sans témoins, j'ai été blessé mortellement par un drôle nommé Halifax... «Halifax !... « Qui m'a passé au travers du corps l'épée qu'il n'a pas le droit de porter ; comme cet homme est à votre service, je m'adresse à vous, mon meilleur ami, pour obtenir vengoauce de Sa Majesté; et, maintenant, je meurs plus tranquillement, dans l'espérance que ce drôle recevra le châtiment qu'il mérite... Je vous supplie donc de le faire pendre aussitôt qu'il vous tombera sous la main; c'est le dernier vœu de votre ami... Dudley.» Lui, Dudley, tué en duel, et par Halifax!... Le faquin se sera permis de jouer au gentilhomme ; il aura employé à courir les tavernes l'argent que je lui avais remis pour chercher ma fille... Et voilà comme je suis entouré : d'un côté ce drôle qui me ruine, de l'autre un maraud de neveu que je déteste, un hypocrite qui fait le bon sujet, un insolent qui ne me donne pas une seule occasion de le chasser;... un misérable qui a toutes les viii. 2

vertus, un gueux qui ne fait pas un sou de dettes, et que j'enrage de ne pouvoir déshériter, iar tout le monde m'en blâmerait... Pourtant, si ce qu'on m'a dit était vrai, lui aussi aurait eu une rencontre, et avec le fils de lord Bolingbroke même!... Nous verrons comment vous vous laverez de cellelà, sir Arthur! Ah! ah ! ah!... Quant à vous, maître Halifax, je vous tiens, et vous n'avez désormais qu'à marcher droit.,. Mon pauvre Dudley!.,. A ta mémoire, mon nauvre amil

(Il boit.) ARTHUR, qui rient d'entrer sur la fin de cette phrase. Le voici !

6IH JOHN

Oh! oh ! voilà de fameux vin... Tom Rick !

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