‹ Théâtre completChapitre 18 sur 149 · SCÈNE V SIR JOHN, SIR ARTHUR · texte numérisé non relu

SCÈNE V SIR JOHN, SIR ARTHUR

Désirez-vous quelque chose, mon oncle ? Je suis à vos ordres.

SIR JOHN

Ah ! c'est vous, monsieur ! Et que faites-vous ici, s'il vous plaît ?

SiB A«.TQIIR.

Je vous cherche, mon oncle !

SIR JOHN

Ah ! vous me cherchez ! vous me cherchez dans le Yorkshire quand je vous ai chargé de terminer à Loudies les affaires les plus importantes !

SIR ARTHUR

Elles sont terminées, mon oncle !

SIR JOHN

En huit jours ? Vous avez dû faire de belle besogne !

SIR ARTHUR

J'ai fait de mon mieux, mon oncle, et j'espère que voua serez content.

SIR JOHN, à part.

Vous verrez que le malheureux aura réussi en tout!...

(A sir Arthur.) VouS VOUS taisez !

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Sm ARTHUll.

J'attends que vous ni'iiilcnogicz, mon oncle!

Oui, fais \c respectueux! va, je te le conseille!... Eh bien, voyons, monsieur, ce procès avec mou fermier Simon Damby, que je vous avais chargé d'arranger à l'amiable, afin que mon nom ne parût pas devant un tribunal?

SlR ARTHUR.

J'ai vu moi-même Simon Damby, mon oncle ; je lui ai fait lire toutes les pièces qui constatent votre propriété; il a reconnu qu'il avait tort, et il vous offre une indemnité.

SIR JOHN

Ah ! il reconnaît qu'il a tort! ah ! il m'offre une indemnité!... Et que m'offre-t-il?... Quelque misère!...

SIR ARTHUR

Vous m'avez dit de terminer avec lui à trois cents livre» sterling, mon oncle.

SIR JOHN

Certainement que je me le rappelle; aussi j'espère que vous n'avez pas eu l'audace de terminer avec lui à moins de trois cents livres sterling.

SIR ARTHUR

J'en ai obtenu six cents, mon oncle,

SIR JOHN

Oui, qu'il ne payera pas.

SIR ARTHUR

Elles sont déposées chez votre homme de loi ; voilà son reçu.

Voilà son reçu, voilà son reçu... Eh bien, oui, voilà son reçu... mais après?...

SIR ARTHUR

Comment, après, mon oncle? Mais m'aviez- vous donc charge d'autre chose ?

SIR JOHN

Non, non!... maisjesais ceque je veux dire... Qu'est-ce que c'est qu'une rencontre que vous avez eue à Windsor avec le fils de lord Bolingbroke?

SIR ARTIUrti.

Comment! vous savez, mon oncle... ?

Sin JOHN.

Oui, je sais de vos nouvelles, monsieur le drôle; quelque querelle de jeu!... quelque rivalité de femme!... quelque dispute de cabaret !

SIR ARTHUR

Mon oncle, permettez-moi, je vous prie, de garder le silence sur les causes de ce duel.

SIR JOHN

Oui, quelque cause honteuse que vous n'osez pas dire!

SIR ARTHUR

La cause est honorable, mon oncle... Cependant, excusezmoi, je dois la taire.

SIR JOHN

Ah ! vous devez la taire ? Et si je ne veux pas que vous la taisiez, si je vous ordonne de me raconter ce qui s'est passé, si j'exige la vérité tout entière?

Je vous obéirai, mon oncle, car mon devoir, avant tout, est de vous obéir.

SIR JOHN

Obéissez donc, monsieur!... car je vous ordonne de me dire la cause de cette querelle.

SIR ARTHUR

Eh bien, mon oncle, lord Bolingbroke vous avait publiquement calomnié... calomnié à la cour... caloumié devant le roi, et, comme je ne pouvais pas demander satisfaction à un vieillard, j'ai été la demander à son fils !

SIR JOHN

Hum!... Et qu'avait-il dit, monsieur, lord Bolinghroke.?

SIR ARTHUR

Il avait dit, mon oncle, que, pendant notre fuite avec le roi, quand vous vous cachiez de château en château et de chaumière en chaumière... il avait dit que vous aviez eu une fille... une fille que vous aviez abandonnée depuis... une fille de l'existence de laquelle vous ne vous étiez pas même informé à votre retour, et, moi, j'ai été dire à son fils, sir Henri : « Votre père a essayé d'attaquer l'hoimenr de notre maison, et votre père en a menti !... » Alors, nous nous sommes battus.

SIR JOHN

Et vous avex eu tort de rcns battre, monsieur. Oui, j'ai

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une fille... je le dis hautement... une fille charmante que je ne connais pas... mais cela ne fait rien... que je n'ai jamais vue, mais n'importe, monsieur!... une fille que j'adore, entendez-vous?... une fille à la recherche de laquelle je suis depuis... depuis quinze ans... une fille à qui je laisserai toute ma fortune !... Ah !

SIR ARTHOR.

Mais c'est trop juste, mon oncle; comment! j'aurais une cousine... une cousine jeune, jolie, sans doute... bonne certainement.'

SIR JOHN

Oui ; mais qui ne sera pas pour vous, monsieur, entendez-vous?... car c'est déjà bien assez que vous soyez mon neveu, monsieur le redresseur de torts ! monsieur le fier-àbras ! monsieur le don Quichotte î

SIR ARTHUR

Mais, mon oncle !

SIR JOHN

Taisez-vous, tenez, taisez-vous... Aller donner un coup il'épée à ce pauvre jeune homme, parce que son père, lord Uolingbroke, mon honorable ami, a dit que j'avais une fille!

SIR ARTHUR

Non, mon oncle, ce n'est pas parce qu'il a dit que vous aviez une fille, c'est parce qu'il a ajouté que vous étiez un mauvais père, parce qu'il a dit que vous aviez renié votre enfant, parce qu'il a dit...

(Halifax parait à la porte de la rue, et Jenhy à la porte de l'hôtellerie.) SIR JOHN.

Et VOUS osez répéter de pareilles calomnies devant moi ?... Allez, monsieur, allez, je vous chasse... et Dieu me damne, je ne sais à quoi tient que...

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