SCÈNE Vil SIR JOHN, SIR ARTHUR
SIR ARTHUR, arrêtant son oncle, qui va sortir»
Pardon, mon oncle !
SIR JOHN
Encore vous ici, monsieur? comment ! vous n'êtes pas encore parti ?
SIR ARTHUR
Au contraire, mon oncle, je suis déjà revenu,
SIR JOHN
Et qui j^ous ramène ?
SIR ARTHUR
Une lettre de Sa Majesté, lettre que j'étais chargé de vous rendre sans retard.
SIR JORN, la lai arrachant des mains.
Donnez !
SIR ARTHUR
Mais ce n'est pas tout.
SIR JOHN
Qu'y a-t-il encore ? Voyons !
SIR ARTHUR
Mon oncle, je voudrais vous entretenir.,,.
SIR JOHN
De vos prouesses, n'est-ce pas, monsieur le chevalier? de VOS belles actions, n'est-ce pas, monsieur l'honnête homme?
Sm ARTHUR.
Hélas! mon oncle, au contraire, et vous me voyez tout tremblant... Car enfin, comme vous ne me recevez pas trop bien, alors même que je crois mériter des éloges, comment allezvous me recevoir, aujourd'hui que je viens m'accuser devant vous?...
SIR JOHN
Comment, t'accuser? *
SIR ARTHUR
J'ai besoin de toute votre indulgence, mon oncle.
SIR JOHN
Toi? (Se radoucissant.) Ah ! vraiment!
SIR ARTHUR
J'ai commis une grande faute.
Sm JOHN.
Tu as commis une grande faute?... Viens ici, mon garçon, et conte-moi cela...
sm ARTHUR.
Eh quoi!... vous...?
SIR JOHN
Conte-moi cela; que diable! je suis ton oncle... Eh bien, tu dis, mon ami?...
SIR ARTHUR
Le ton avec lequel vous me parlez m'encourage... Je vais tout vous avouer... Je suis amoureux.
SIH JOHN.
Ah ! vous êtes amoureux, monsieur le puritain ?
SIR ARTHUR
Amoureux comme un fou !
SIR JOHN
Très-bien !
SIK ARTHUR.
Comment! très-bien?... Vous dites?..,
SIR JOHN
Je dis qu'il n'y a pas de mal à cela .
SIR ARTHUR
C'est que, quand vous saurez, mon oncle...
Quoi?
SIR ARTHUR
Que la femme que j'aime...
SIR jonîi.
Eh bien ?
SIR ARTHUR
Est d'une naissance...
SIR JOIIM.
Illustre?
SIR ARTHUR
Non; au contraire, mon oncle, obscure, tout ce qu'il y a de plus obscur... Un instant, elle avait cru se rattacher à une grande famille; mais...
61R JOHN
Eh bien?
SIR ARTHUR
Mais, aujourd'hui, tout espoir est perdu.
SIK JOHN.
Ah bah! mie mésalliance ?... Nous faisons une tache à notre blason?...
SIR ARTHUR
Comment, mon oncle, vous ne me condamnez pas?..,
Et la jeune fille est riche, sans doute?
SIR ARTHUR
Pauvre, mon oncle !
SIR JOHN
De mieux en mieux !... Ah! elle est d'une naissance obscure! ah! elle est pauvre !... Ainsi, rien ne peut excuser, aux yeux du monde, la sottise que tu fais?... Bien, mou garçon; donne-moi la main.
SIR ARTHUR
Oh ! de grand cœur... Mon Dieu ! j'étais si loin de m'atten* dre à tant d'indulgence !
SIR JOHN
Et tu lui as promis le mariage, tu t'es engagé d'honneur, tu as signé quelque écrit, n'est-ce pas?
SIR ARTHUR
J'ai fait plus, mon oncle, je l'ai épousée.
SIR JOHN
.Épousée ?
SIR ARTHUR
Sans votre consentement.
SIR JOHN
Ainsi, elle est...?
SIR ARTHUR
Elle est ma femme !
C'est adorable !... Ah çà ! il n'y a plus à y revenir, n'est-C3 pas?
SIR ARTHUR
Non, mon oncle; mais, quand même je le pourrais, je ne le ferais pas... Je l'aime, mon oncle, je l'aime ardemment, et, quand vous la connaîtrez...
SIR .JOHN
Je ne veux pas la connaître.
SIR ARTHUR
Quand vous la verrez...
HALIFAX 61
sm JOHN.
Je ne veux pas la voir...
sm AnTHUR.
Quand je vous aurai dit son nom...
SIR JOHN, se bouchant les oroillcj.
Je ne veux pas l'entendre.
SIR ARTHUR
Alors, mon oncle, vous ne m'approuvez donc plus?
SIR JOHN
Au contraire, je t'approuve, et plus que jamais ! car, à l'avenir, impossible qu'on te cite encore à moi comme un modèle de bonne conduite; à l'avenir, personne ne me donnera tort si je te renvoie, personne ne pourra me blâmer si je te déshérite... Ah! je suis d'une gaieté, d'une joie... Tiens, embrasse-moi, mon ami!... embrasse-moi, etregois ma malédiction.
Votre malédiction?... Mais je ne comprends plus.
SIR JOHN
Avec tout l'argent dont tu auras besoin pour partir!... et, si lu veux l'expatrier, je ferai un sacrifice !... Viens encore une fois dans mes bras... C'est bien, et, maintenant, que je ne te revoie jamais.
SIR ARTHUR
Je vous obéis, mon oncle; mais j'espère que vous reviendrez à de meilleurs sentiments.
SIR JOHN
Oui, oui, oui, va, mon ami, va, et compte là-dessus... Adieu !
*SIR ARTHUR
Au revoir, mon oncle.
SIR JOHN
Adieu ! adieu ! adieu !