‹ Théâtre completChapitre 32 sur 149 · SCÈNE Vil SIR JOHN, SIR ARTHUR · texte numérisé non relu

SCÈNE Vil SIR JOHN, SIR ARTHUR

SIR ARTHUR, arrêtant son oncle, qui va sortir»

Pardon, mon oncle !

SIR JOHN

Encore vous ici, monsieur? comment ! vous n'êtes pas encore parti ?

SIR ARTHUR

Au contraire, mon oncle, je suis déjà revenu,

SIR JOHN

Et qui j^ous ramène ?

SIR ARTHUR

Une lettre de Sa Majesté, lettre que j'étais chargé de vous rendre sans retard.

SIR JORN, la lai arrachant des mains.

Donnez !

SIR ARTHUR

Mais ce n'est pas tout.

SIR JOHN

Qu'y a-t-il encore ? Voyons !

SIR ARTHUR

Mon oncle, je voudrais vous entretenir.,,.

SIR JOHN

De vos prouesses, n'est-ce pas, monsieur le chevalier? de VOS belles actions, n'est-ce pas, monsieur l'honnête homme?

Sm ARTHUR.

Hélas! mon oncle, au contraire, et vous me voyez tout tremblant... Car enfin, comme vous ne me recevez pas trop bien, alors même que je crois mériter des éloges, comment allezvous me recevoir, aujourd'hui que je viens m'accuser devant vous?...

SIR JOHN

Comment, t'accuser? *

SIR ARTHUR

J'ai besoin de toute votre indulgence, mon oncle.

SIR JOHN

Toi? (Se radoucissant.) Ah ! vraiment!

SIR ARTHUR

J'ai commis une grande faute.

Sm JOHN.

Tu as commis une grande faute?... Viens ici, mon garçon, et conte-moi cela...

sm ARTHUR.

Eh quoi!... vous...?

SIR JOHN

Conte-moi cela; que diable! je suis ton oncle... Eh bien, tu dis, mon ami?...

SIR ARTHUR

Le ton avec lequel vous me parlez m'encourage... Je vais tout vous avouer... Je suis amoureux.

SIH JOHN.

Ah ! vous êtes amoureux, monsieur le puritain ?

SIR ARTHUR

Amoureux comme un fou !

SIR JOHN

Très-bien !

SIK ARTHUR.

Comment! très-bien?... Vous dites?..,

SIR JOHN

Je dis qu'il n'y a pas de mal à cela .

SIR ARTHUR

C'est que, quand vous saurez, mon oncle...

Quoi?

SIR ARTHUR

Que la femme que j'aime...

SIR jonîi.

Eh bien ?

SIR ARTHUR

Est d'une naissance...

SIR JOIIM.

Illustre?

SIR ARTHUR

Non; au contraire, mon oncle, obscure, tout ce qu'il y a de plus obscur... Un instant, elle avait cru se rattacher à une grande famille; mais...

61R JOHN

Eh bien?

SIR ARTHUR

Mais, aujourd'hui, tout espoir est perdu.

SIK JOHN.

Ah bah! mie mésalliance ?... Nous faisons une tache à notre blason?...

SIR ARTHUR

Comment, mon oncle, vous ne me condamnez pas?..,

Et la jeune fille est riche, sans doute?

SIR ARTHUR

Pauvre, mon oncle !

SIR JOHN

De mieux en mieux !... Ah! elle est d'une naissance obscure! ah! elle est pauvre !... Ainsi, rien ne peut excuser, aux yeux du monde, la sottise que tu fais?... Bien, mou garçon; donne-moi la main.

SIR ARTHUR

Oh ! de grand cœur... Mon Dieu ! j'étais si loin de m'atten* dre à tant d'indulgence !

SIR JOHN

Et tu lui as promis le mariage, tu t'es engagé d'honneur, tu as signé quelque écrit, n'est-ce pas?

SIR ARTHUR

J'ai fait plus, mon oncle, je l'ai épousée.

SIR JOHN

.Épousée ?

SIR ARTHUR

Sans votre consentement.

SIR JOHN

Ainsi, elle est...?

SIR ARTHUR

Elle est ma femme !

C'est adorable !... Ah çà ! il n'y a plus à y revenir, n'est-C3 pas?

SIR ARTHUR

Non, mon oncle; mais, quand même je le pourrais, je ne le ferais pas... Je l'aime, mon oncle, je l'aime ardemment, et, quand vous la connaîtrez...

SIR .JOHN

Je ne veux pas la connaître.

SIR ARTHUR

Quand vous la verrez...

HALIFAX 61

sm JOHN.

Je ne veux pas la voir...

sm AnTHUR.

Quand je vous aurai dit son nom...

SIR JOHN, se bouchant les oroillcj.

Je ne veux pas l'entendre.

SIR ARTHUR

Alors, mon oncle, vous ne m'approuvez donc plus?

SIR JOHN

Au contraire, je t'approuve, et plus que jamais ! car, à l'avenir, impossible qu'on te cite encore à moi comme un modèle de bonne conduite; à l'avenir, personne ne me donnera tort si je te renvoie, personne ne pourra me blâmer si je te déshérite... Ah! je suis d'une gaieté, d'une joie... Tiens, embrasse-moi, mon ami!... embrasse-moi, etregois ma malédiction.

Votre malédiction?... Mais je ne comprends plus.

SIR JOHN

Avec tout l'argent dont tu auras besoin pour partir!... et, si lu veux l'expatrier, je ferai un sacrifice !... Viens encore une fois dans mes bras... C'est bien, et, maintenant, que je ne te revoie jamais.

SIR ARTHUR

Je vous obéis, mon oncle; mais j'espère que vous reviendrez à de meilleurs sentiments.

SIR JOHN

Oui, oui, oui, va, mon ami, va, et compte là-dessus... Adieu !

*SIR ARTHUR

Au revoir, mon oncle.

SIR JOHN

Adieu ! adieu ! adieu !

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