‹ Théâtre completChapitre 31 sur 149 · SCÈNE VI HALIFAX, SIR JOHN, puis JENNY · texte numérisé non relu

SCÈNE VI HALIFAX, SIR JOHN, puis JENNY

Ah ! ah ! je vous y prends, faquin ; est-ce donc pour cela que vous avez quitté le château, quand je vous croyais derrière moi?... que faisiez-vous ici ?

HALIFAX

Vous le voyez, monseigneur, je continuais mon rôle; n'est-il pas convenu que j'épouse Jenny ?

SIR JOHN

Parfaitement convenu.

HALIFAX

Eh bien, je lui disais que je l'aimais; il est bien permis à un fiancé de dire à sa fiancée qu'il l'aime.

SIR JOHN

Certainement que c'est permis; c'est même une chose à laquelle personne n'a rien à redire. Ainsi, tu es toujours disposé à épouser.'

HALIFAX

Sans doute; aussitôt que les formalités seront remplies... Vous savez, il y a de très-longues formalités pour les mariages, surtout aujourd'hui...

SIR JOHN

Oui, mais ces formalités-là...

HALIFAX

Immédiatement après, je suis à vos ordres... (a part.) De cette façon, avec la publication des bans, la dispense... la... ma foi, je gagnerai toujours un mois, et, en un mois, il se passe bien des choses.

SIR JOHN, appelant.

Jenny I

Que signifie?

JENNV,

Monseigneur m'appelle ?

SIR JOHN

Venez ici, ma belle enfant.

HALIFAX

Que lui veut-il?

SIR JOHN

Ce qu'il y a de mieux, n'est-ce pas, quand on s'aime, c'est de s'épouser?

HALIFAX

Oui, c'est très-bien de s'épouser... mais...

SIR JOHN

C'est de s'épouser tout de suite.

HALIFAX, effrayé.

Comment, tout de suite?

JENNY, timidement.

Tout de suite!

SIR JOHN

Est-ce que tu refuses, par hasard?

HALIFAX

Moi? Par exemple! Mais, vous comprenez, il y a d'abord la publication des bans.

J'ai la dispense; je l'ai achetée.

HALIFAX

Oh! bien obligé... merci bien, monseigneur... mais c'est que je suis protestant, moi, tandis que Jenny est catholique.

SIR JOHN

Ah ! tu es protestant ?

HALIFAX

Ah! mon Dieu, oui, je suis un peu protestant.

SIR JOHN

Je m'en suis toujours douté, je t'ai toujours soupçonné d'être tète ronde, au fond.

HALIFAX

Et, comme vous comprenez bien que je ne suis pas disposé à abjurer...

SIR JOHN

Oh! tu es trop honnête homme pour cela. Aussi, j'ai été au-devant de la difficulté.

HALIFAX

Comment?

SIR JOHN

Oui, comme je déjeunais avec l'archevêque de Cantorbéry, je lui ai fait savoir le désir qu'avait Sa Majesté de voir s'opé-

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rer beaucoup de mariages mixtes, afin d'amener la fusion des partis... Sa Grandeur a parfaitement compris cela, et...

Et?...

SIR JOHN

J'ai là sou autorisation, signée de sa main et scellée de son sceau.

HALIFAX

Oh! oui, oui... c'est parfaitement en règle; il ne nous reste plus qu'a prévenir le prêtre; nous enverrons chez lui aujourd'hui, demain... après-demain.

SIR JOHN

C'est inutile, il est prévenu.

HALIFAX

Comment, prévenu?... le prêtre ?... (a part.) Il a donc tout prévu? (Haut.) Mais nos parents, nos amis ?...

SIR JOHN

Vos parents?... D'abord, loi, tu n'eu a pas; quant à Jenny...

JENNY

Hélas ! moi, je n'avais que ma mère et ma tante; elles sont mortes. Je n'ai plus qu'Anna, ma sœur de lait.

SIR JOHN

Quant à vos amis, c'est aujourd'hui la seconde fête de la Pentecôte; j'ai trouvé chacun sur le pas de sa porte, j'ai invité tout le monde... Et tenez, tenez, voilà le village tout entier qui vient vous féliciter.

HALIFAX, à part.

Âh ! démon que tu es !

Est-ce que tu hésites ?

HALIFAX

Eh bien, non, non, je n'hésite pas, je l'épouse à l'instant... (a part.) Après tout, elle est charmante, et, une fois sou mari, vous verrez ce que je vous ménage, monseigneur.

(Il sort, avec Jenny.) SIR JOHN, à part.

Tu te décides trop vite pour ne pas cacher quelque mauvais projet; mais, après la cérémonie, tu verras, mon garçon, ce que je te garde.

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