SCÈNE X Les Mêmes, JENNY, puis ANNA, puis ARTHUR
JENNY
Mon Dieu !... mon Dieu !... qu'y a-t-il ?
SIR JOHN, s'approcbant d'elle.
Rien... rien, mon enfant.
HALIFAX
Un instant, monseigneur, je vis encore, ne la touchez pas!
SIR JOHN
Mais je te dis...
HALIFAX
Viens ici, Jenny!... viens, pauvre enfant, viens, pauvre femme qu'on veut faire veuve ou déshonorée.
JENNY
Oh ! mon Dieu ! que me dis-tu ? Monseigneur m'avait laissé espérer, monseigneur m'avait promis...
HALIFAX
Oh! oui... monseigneur est généreux... monseigneur la»
HALIFAX 89
pToposp !a vie... il me propose de fuir, mais à une condiMon, c'csi que tu resteras ici, toi !...
JENNY, se rapprochant de lui.
Oh ! jamais, jamais je ne quitterai mon mari ! HALIFAX, la serrant sur son cœur.
Bien, bien, ma pauvre enfant. Viens là... N'est-ce pas, cela est odieux ?... Mais il avait pensé, cet homme, comprendstu? il avait pensé que, pour sauver ma vie, je consentirais à te faire méprisable à tes propres yeux, et qu'abandonnée par moi, alors tu t'abandonnerais à lui; il avait, pensé que tu conseniirais à devenir...
Arrête, malheureux! Puisqu'il faut te le dire, ta femme, '.y est ma fille.'...
HALIFAX
Votre fille?
JENNY
Moi, monseigneur, je suis ...?
SIR JOHN
Oui, ma fille, que je ch^chais, que je viens de reconnaître à ce collier que j'avais laissé à sa mère; ma fille, que j'ai perdue en te la donnant, et que je voulais sauver en t'éloiguant d'elle.
JENNY
Mais, monseigneur...
HALIFAX
Comment!... ce collier? Je n'y comprends plus rien. C'est donc toi que j'ai sauvée, il y a huit jours, dans une auberge de Siilton?
JENNY
Dans une auberge de Stilton, un homme poursuivait une jeune fille qui appelait du secours et qui a perdu son colUer.
HALIFAX
Oui, oui, c'est cela. La nuit à onze heures.
JENNY
Mais c'est Anna !
HALIFAX
Silence! tais-toi, tais-toi... Je comprends tout maintenant.
monseigneur. Ah ! vous avez retrouvé votre enfant sam la fhcrcher ? Eh hion, il est hon que vous sachiez comment vous ne l'avez pas retrouvée déshonorée.
Sm JOHN.
Déshonorée? que veux-tu dire?
HALIFAX
Oh ! mon Dieu, oui ; je vous ai déjà raconté cette histoire et vous m'en avez demandé la preuve. Eh bien, la preuve, la voici.
SIR JOHN
Comment, cette femme?...
HALIFAX
Aux cris de laquelle je suis accouru, cette femme qu'uft lâche insultait dans une chambre d'auberge. ,,
SIR JOHN
Eh bien ?
HALIFAX
Eh bien, ce lâche, c'était lord Dudley, et cette femme, c'était votre fille.
JENNY
Oh ! oui, monseigneur, oui, c'est la vérité tout entière, je îe jure.
HALIFAX
Et maintenant, monseigneur, maintenant, vengez la mort de votre digne ami lord Dudley; maintenant, faites pendre le sauveur de votre enfant; vous avez dans votre poche tout ce qu'il faut pour cela: lettre du roi, ordre du chancelier.
SIR JOHN
Oh ! non, non. Tiens, Halifax, mon ami, tiens, les voilà, tous ces papiers. Tiens, déchirés, déchirés!
HALIFAX
En plus petits moi'ceaux, en plus petits morceaux, s'il vous plaît?... Sauvé ! Ah ! je suis sauvé ! c'est comme si tous les parlements de la terre y avaient passé. A la bonne heure, voilà un bon mouvement. Bravo, monseigneur ! voilà une belle action, et, comme une belle action ne doit jamais rester sans récompense, je vais récompenser votre belle action «n vous rendant votre fille.
SIR JOHN
comment, ma fille? Mais la voilà, ma fille.
HALIFAX 01
DAUFAX.
Non, non pas tout à fait, monseigneur, voua vous trompez: votre fille... (montrant Anna, qui entre), la voici. Venez, miss Anna, et tombez aux genoux de votre père. Et si vous en doutez... (prônant le collier des mains de sir John), mOU enfant, reconiiaisscz- V0U3 ce bijou?
ANNA
Le collier qui m'a été légué par ma mère au moment de sa mort. Mais vous êtes donc sir George Herbert, monseigneur '
SIR JOHN
Le nom que je portais dans ma fuite! Oh I c'est elle ! c'est bien elle !
Eh ! oui, c'est bien elle.
SIR JOHN
Viens , mon enfant, viens ! j'aurai du moins une satisfaction, ce sera celle de déshériter monsieur mon neveu. Oui, oui, tu aurais toute ma fortune, Anna. Vous entendez^ je donne tous mes biens à mon enfant.
HALIFAX
A vos enfants, vous voulez dire.
SIR JOHN
Comment, à mes enfants.^
HALIFAX
Sans doute. Miss Anna est mariée.
SIR JOHN
Mariée! sans mon consentement?
HALIFAX
A'ous n'étiez pas là... je lui ai donné le mien,
SIR JOHN
Et ce mari?
HALIFAX, amenant Arthur.
Le voici, monseigneur.
SIR JOHN
Mon neveu! comment?
SIR ARTHUR
Oui, mon oncle, cette petite paysanne que j'aimais, que j'ai épousée, c'était Anna.
Allons, il est écrit que je ne me débarrasserai jamais de ce garçon-là.
HALIFAX
Oh ! mon Dieu, oui, c'est impossible^ vous le renvoyez par la porte, il rentre par la f^néire; vous le chassez coniuie neveu, il revient comme gendre... Et maintenant, monseigneur, bénissez votre fille, qui vous tend les bras... béniss'z ma femme, qui a veillé sur elle... bénissez-moi, moi qui vous l'ai rendue, et que Dieu vous bénisse !