‹ Théâtre completChapitre 48 sur 149 · SCÈNE X Les Mêmes, JENNY, puis ANNA, puis ARTHUR · texte numérisé non relu

SCÈNE X Les Mêmes, JENNY, puis ANNA, puis ARTHUR

JENNY

Mon Dieu !... mon Dieu !... qu'y a-t-il ?

SIR JOHN, s'approcbant d'elle.

Rien... rien, mon enfant.

HALIFAX

Un instant, monseigneur, je vis encore, ne la touchez pas!

SIR JOHN

Mais je te dis...

HALIFAX

Viens ici, Jenny!... viens, pauvre enfant, viens, pauvre femme qu'on veut faire veuve ou déshonorée.

JENNY

Oh ! mon Dieu ! que me dis-tu ? Monseigneur m'avait laissé espérer, monseigneur m'avait promis...

HALIFAX

Oh! oui... monseigneur est généreux... monseigneur la»

HALIFAX 89

pToposp !a vie... il me propose de fuir, mais à une condiMon, c'csi que tu resteras ici, toi !...

JENNY, se rapprochant de lui.

Oh ! jamais, jamais je ne quitterai mon mari ! HALIFAX, la serrant sur son cœur.

Bien, bien, ma pauvre enfant. Viens là... N'est-ce pas, cela est odieux ?... Mais il avait pensé, cet homme, comprendstu? il avait pensé que, pour sauver ma vie, je consentirais à te faire méprisable à tes propres yeux, et qu'abandonnée par moi, alors tu t'abandonnerais à lui; il avait, pensé que tu conseniirais à devenir...

Arrête, malheureux! Puisqu'il faut te le dire, ta femme, '.y est ma fille.'...

HALIFAX

Votre fille?

JENNY

Moi, monseigneur, je suis ...?

SIR JOHN

Oui, ma fille, que je ch^chais, que je viens de reconnaître à ce collier que j'avais laissé à sa mère; ma fille, que j'ai perdue en te la donnant, et que je voulais sauver en t'éloiguant d'elle.

JENNY

Mais, monseigneur...

HALIFAX

Comment!... ce collier? Je n'y comprends plus rien. C'est donc toi que j'ai sauvée, il y a huit jours, dans une auberge de Siilton?

JENNY

Dans une auberge de Stilton, un homme poursuivait une jeune fille qui appelait du secours et qui a perdu son colUer.

HALIFAX

Oui, oui, c'est cela. La nuit à onze heures.

JENNY

Mais c'est Anna !

HALIFAX

Silence! tais-toi, tais-toi... Je comprends tout maintenant.

monseigneur. Ah ! vous avez retrouvé votre enfant sam la fhcrcher ? Eh hion, il est hon que vous sachiez comment vous ne l'avez pas retrouvée déshonorée.

Sm JOHN.

Déshonorée? que veux-tu dire?

HALIFAX

Oh ! mon Dieu, oui ; je vous ai déjà raconté cette histoire et vous m'en avez demandé la preuve. Eh bien, la preuve, la voici.

SIR JOHN

Comment, cette femme?...

HALIFAX

Aux cris de laquelle je suis accouru, cette femme qu'uft lâche insultait dans une chambre d'auberge. ,,

SIR JOHN

Eh bien ?

HALIFAX

Eh bien, ce lâche, c'était lord Dudley, et cette femme, c'était votre fille.

JENNY

Oh ! oui, monseigneur, oui, c'est la vérité tout entière, je îe jure.

HALIFAX

Et maintenant, monseigneur, maintenant, vengez la mort de votre digne ami lord Dudley; maintenant, faites pendre le sauveur de votre enfant; vous avez dans votre poche tout ce qu'il faut pour cela: lettre du roi, ordre du chancelier.

SIR JOHN

Oh ! non, non. Tiens, Halifax, mon ami, tiens, les voilà, tous ces papiers. Tiens, déchirés, déchirés!

HALIFAX

En plus petits moi'ceaux, en plus petits morceaux, s'il vous plaît?... Sauvé ! Ah ! je suis sauvé ! c'est comme si tous les parlements de la terre y avaient passé. A la bonne heure, voilà un bon mouvement. Bravo, monseigneur ! voilà une belle action, et, comme une belle action ne doit jamais rester sans récompense, je vais récompenser votre belle action «n vous rendant votre fille.

SIR JOHN

comment, ma fille? Mais la voilà, ma fille.

HALIFAX 01

DAUFAX.

Non, non pas tout à fait, monseigneur, voua vous trompez: votre fille... (montrant Anna, qui entre), la voici. Venez, miss Anna, et tombez aux genoux de votre père. Et si vous en doutez... (prônant le collier des mains de sir John), mOU enfant, reconiiaisscz- V0U3 ce bijou?

ANNA

Le collier qui m'a été légué par ma mère au moment de sa mort. Mais vous êtes donc sir George Herbert, monseigneur '

SIR JOHN

Le nom que je portais dans ma fuite! Oh I c'est elle ! c'est bien elle !

Eh ! oui, c'est bien elle.

SIR JOHN

Viens , mon enfant, viens ! j'aurai du moins une satisfaction, ce sera celle de déshériter monsieur mon neveu. Oui, oui, tu aurais toute ma fortune, Anna. Vous entendez^ je donne tous mes biens à mon enfant.

HALIFAX

A vos enfants, vous voulez dire.

SIR JOHN

Comment, à mes enfants.^

HALIFAX

Sans doute. Miss Anna est mariée.

SIR JOHN

Mariée! sans mon consentement?

HALIFAX

A'ous n'étiez pas là... je lui ai donné le mien,

SIR JOHN

Et ce mari?

HALIFAX, amenant Arthur.

Le voici, monseigneur.

SIR JOHN

Mon neveu! comment?

SIR ARTHUR

Oui, mon oncle, cette petite paysanne que j'aimais, que j'ai épousée, c'était Anna.

Allons, il est écrit que je ne me débarrasserai jamais de ce garçon-là.

HALIFAX

Oh ! mon Dieu, oui, c'est impossible^ vous le renvoyez par la porte, il rentre par la f^néire; vous le chassez coniuie neveu, il revient comme gendre... Et maintenant, monseigneur, bénissez votre fille, qui vous tend les bras... béniss'z ma femme, qui a veillé sur elle... bénissez-moi, moi qui vous l'ai rendue, et que Dieu vous bénisse !

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