SCÈNE IX DUBOULOY, LOUISE
LOUISE, prêtant l'oreille, à part.
J'ai entendu... Il doit être là. (Haut.) Monsieur !...
DUBOULOY.
Quoi?
Est-ce vous?
Oui.
LOUISE
Monsieur le vicomte, croyez que je suis désespérée... Quelques instances que j'aie pu faire pour déterminer Charlotte à venir ici...
LOUISE
DUBOULOY, s'approchant.
Il4 THÉÂTRE COMPLET D'ALEX. DUMAS
DUBOCLOY.
Ah! mademoiselle!...
LOmSE, à part.
Qu'entends-je?
DUBODLOY.
, Ce n'est pas Charlotte que j'attendais ici,
Cette voix... ce •*^est pas celle du vicomte 1
DUBOULOY.
Non, mademoiselle, c'est la mienne.
LOUISE
Qui êtes- vous, monsieur ?
DUBODLOY.
Un ami intime de Saint-IIérem, un autre lui-même... u homme à qui vous avez fait perdre la tête, qui ne sait plus cfl qu'il fait, et à qui il faut pardonner s'il ne sait pas ce qu'il dit, (A part.) C'est horrible!... je ne sais pas si elle est jolie 1
LOUISE
Mais enfin, monsieur, votre nom ?
DUBOULOY.
Hercule Dubouloy.
LOUISE
Hercule Duboulory?... Je ne connais pas...
DUBOULOY,
Fils unique d'un fermier général, cinquante mille livres de rente potrr le moment et de grandes espérances pour l'avenir ! Voilà ma position, mademoiselle, et je puis donc espérer que votre cœur...
LOUISE
Mais, monsieur, je ne vous ai jamais vu.
DUBOULOY.
Un mot me fera connaître... J'ai vingt-cinq ans, le caractère paisible gentil cavalier, la conversation attachante, l'œil vif, les dents belles, et le cœur passionné !
LOUISE
Mais OÙ m'avez-vous donc remarquée, monsieur?
DUBOULOY.
Partout... à l'église... aux représentations à'Estherl
LOUISE
Vous y veniez.'
DUBOULOT.
Je n'en ai pas manqué une. Alors, sachant que mon ami, le vicomte de Saint-IIérom, avait une clef de Saiut-Cyr, je l'ai prié, supplié de me conduire ici.
LOUISE
Ici, à une pareille heure, monsieur!
DUBOULOY.
L'heure n'y fait rien, mademoiselle, (a part.) C'est-à-dire... si, au fait, elle a raison... Quelle heure?... (il essaye de voirl'henre à sa montre. A part.) Bon! voilà qu'ou n'y voit plus! (Haut et tombant aax genoux de Louise.) Je l'ai supplié de me conduire ici pour que je puisse vous parler, pour que je puisse me jeter à vos pieds.
LOUISE
Monsieur!... que faites- vous?...
Oui, me jeter à vos pieds et vous dire... (L'heure sonne. A part.) Hein ! l'horloge... Huit heures... Bon! je n'ai plus que dix minutes... (Haut.) Et vous dire...
LOUISE
Quoi donc, monsieur?... Parlez.
DUBOULOY.
Que je vous aime, mademoiselle ! oui, voilà ce que je voulais vous dire !
LOUISE
Monsieur, si je pouvais croire...
DUBOULOY.
Vous douteriez de ma parole, mademoiselle , après la démarche que je fais, quand je m'expose au danger d'être surpris àSaint-Cyr?...
LOUISE
Non, VOUS avez raison; quel motif auriez-vous, d'ailleurs, pour me tromper?
DUBOULOY.
Oui, quel motif aurais-je? Je vous le demande!
LOUISE
Je VOUS crois donc, monsieur...
DUBOULOY, à part.
La voilà convaincue. Je ne me savais pas si éloquent.
Vous êtes prêt alors à faire pour moi ce que M. de Saint- Hérem fait pour Charlotte?
DUBODLOY.
Tout ce qu'il fera, je le ferai ; je suivrai l'exemple de mon ami jusqu'au bout, charmante... (a part.) Je ne sais pas son nom de baptême. (Haut.) Charmante!...
LOUISE
Monsieur...
DUBOULOY.
Oui, mademoiselle, charmante!
LOUISE
Monsieur, soyez certain que vous ne vous repentirez pas du sacrifice que vous faites pour moi, et que ma reconnaissance pour un homme qui a été distinguer, au milieu de ses compagnes, nobles, riches et belles, une pauvre fille comme moi, soyez certain, dis-je, que cette reconnaissance sera éternelle.
DUBOULOV,
Éh bien, mademoiselle, maintenant que je suis sûr de mon bonheur, permettez que je me retire.
LOUISE
Comment, monsieur?...
DUBOULOY.
II faut que j'aille faire part à mon père de vos excellentes dispositions à mon égard... (a part.) Ça m'est égal, je n'ai pas la clef, mais je sauterai par-dessus le mur.
(On entend du brait.)