SCÈNE VI
Les Mêmes, SAMUEL.
DUDLEY
Eh bien, où nous battrons-nous, alors? \
HALIFAX
Mais ici, si vous voulez ; il y fait chaud, on y est à couvert, on y voit comme en plein jour: nous serons à merveille^ et nous aurons des témoins qui pourront attester que tout s'est passé dans les règles.
DUDLEY
Soit.
SAMUEL
Comment! dans cet appartement? vous voulez vous battre dans cet appartement?
HALIFAX
Dites donc, il appelle cela un appartement, lui... Sois tranquille, mon brave homme : si l'on te casse tes glaces, tu les mettras sur la carte, et on te les payera.
SAMUEL
Mais je ne puis pas permettre...
DUDLEY, fouillant à sa poche.
Tu permettras tout ce qui nous plaira.
SAMUEL
Mais je ne dois pas soufTri r . . .
HALIFAX, fouillant à sa poche.
Tu souffriras tout ce qui nous sera agréable. DUDLEY et HALIFAX, donnant à Samuel chacun une pièce d'or, qu'il reçoit de chaque main.
Tiens !
SAMUEL
Allons, vous faites de moi ce que vous voulez.
DUDLBY.
Arrière, messieurs ! (Tous les Habitués se reculent jusqu'au fond da théâtre. Dndley, présentant les pistolets par la crosse à Halifax.) Maintenant, si vous voulez bien choisir...
HALIFAX
C'est fiiit, monsieur. Ah ! ah ! vous avez là de jolies armes. Si jamais vous aviez l'idée de vous en défaire, pensez à moi, je vous prie ; je suis amateur.
DUDLEY, qui s'est reculé jusqu'à l'arant-scène à droite.
Je VOUS attends, monsieur.
HALIFAX
Pardon, je suis à vous, (il recule jusqu'à l'angle le pins éloigné k gauche du spectateur; puis, au milieu du plus profond silence, les deux adversaires marchent l'un sur l'autre ; après avoir fait le tiers du chemin, Dudley tire, son pistolet rate.) Ah ! il paraît que j'ai pris le bon. (il continue de s'avancer vers Dudiey, lui pose le pistolet sur la poilrine, puis, levant tout à coup le pistolet.) î)eUX mOtS, s'il VOUS plaît, moil
gentilhomme.
DUDLEY
Voyons, dites vite et finissons-en.
HALIFAX
En se pressant, on fait mal les choses. Croyez-en le proverbe italien : Che va piano, va sano. Venez ici et causons» SAMUEL, s'approchantf Eh bien, qu'y a-t-il donc ?
HALtt'AX.
Mon brave homme, laissez-nous tranquilles, je vous prie;, nous parlons d'affaires.
SAMUEL, s'éloignant.
Ah!
HALIFAX, à Dudiey.
Monsieur, mon avis est que la balle qui est dans ce pisto»
HALIFAX II
let vaut deux cents livres sterling, et même qu'à ce prix elle n'est pas chère.
DUDLEY
Que voulez-vous dire?
HALIFAX
Je veux dire que la balle qui est dans ce pistolet est à vendre, que j'en demande deux cents livres sterling, et que je prétends que ce n'est pas trop cher.
DUDLEY
Ah ! je comprends.
^ HALIFAX
Eh bien, que dites-vous du prix ?
' DUDLEY
Je dis que, si votre opinion est qu'elle les vaut, ce n'est pas à moi à vous contredire.
Ainsi donc, pour deux cents livres sterling... ?
DUDLEY
Je la prends, monsieur; suivez-moi, je vais vous les compter.
HALIFAX, à part.
J'aurais dû lui demander cinq cents guinées... J'ai été trop grand.
DUDLEY, à part.
Eh bien, voilà un effronté coquin !... mais au moins il est brave. (Haut.) Venez, monsieur, venez.
(Ils sortent.)