SCÈNE XII ROGER, puis DUBOULOY
ROGER
Ce qu'elle dit là serait-il vrai?... aurait-elle ignoré réellement tonte cette intrigue?... Oh! non... c'est impossible... DUBODLOY, entrant,
Mevoilà, mon ami, me voilà, mon cher Saint-Hérem, chargé d'or, de lettres de change, avec ma chaise de poste bourrée de pâtés froids et de vins généreux, afin que nous ne man-
quions de rien en route : je sais trop où la famine peut nous mener. Es-tu prêt? en as-tu fini avec ta femme?
BOGER.
Oui; et toi?
DOBOULOY.
Moi aussi. Oh! mes affaires sont arrangées à merveille, de manière à ne causer à madame Dubouloy aucun ennui... Tu conçois... une femme... ça a si peu d'expérience, un rien l'embarrasse... Je ne lui laisse rien du tout... Ah! si fait... j% lui laisse mon nom... vu que je ne peux pas le lui ôter,
ROGEU.
Cependant...
DUBOULOY.
Voilà comme je suis... Es-tu prêt?
ROGER
Mais tu es plus pressé que moi maintenant, il me semble.
DUBOULOY.
Pai'bleu! je crois bien, j'ai toute la famille de l'autre qui peut m« tomber sur les bras au moment où j'y penserai le moins.
ROGER
Et c'est là ce qui te presse?... Attends au moins que ton mariage soit connu.
DUBOULOY.
Connu!... Oh! si ce n'est que cela, tout le [monde le sait déjà, mon mariage.
ROGER
Comment?
DUBOtJLOY.
Oui, et pas plus tard que tout à l'heure, le baron de Bardanne m'a arrêté pour me faire tous ses compliments
ROGER
Ses compliments,, à toi?
DUBOULOt.
Et à toi aussi, mon ami. 11 venait de s'inscrire à ta porte, et il m'a assuré qu'avant ce soir, tout Paris en aurait fait autant.
ROGBR.
Tout Paris ?
DUBOULOY.
Mais je lui ai dit que tout Paris nous trouverait partis.
Ainsi donc, mon ami, il n'y a pas un instant à perdre, si nous voulons éviter la foule.
ROGER
Oui, tu as raison, il faut s'éloigner... On nous a joués indignement.
DDBOULOY.
Indignement ! Hésiter, serait une faiblesse...
ROGER
Une lâcheté !
DCBOULOY. ♦
Une lâcheté !... Ainsi donc...
ROGER
Viens, viens, partons! en Espagne!..,
DUBOULOY.
£n Espagne!...
(Ils sortent vivement par la porte de gauche.)